Sexualité et plaisir féminin

Sexualité et plaisir féminin

Source: Photo: Marc Bonin

Savez-vous ce qu’est la cyprine ? Probablement pas. Très peu de personnes, hommes et femmes incluses, savent de quoi il s’agit. Pourtant, la cyprine n’est ni plus ni moins que la sécrétion vaginale, signe physique du désir sexuel féminin. Le sperme au féminin, en somme. Quid de la masturbation féminine ? La masturbation chez les hommes est un acte bien connu et considéré comme naturel. En revanche, lorsqu’il s’agit des femmes, la masturbation devient un sujet tabou, honteux, voire même obscène, comme s’il s’agissait d’un acte déviant.

Les éléments qui entourent la sexualité féminine sont peu connus et l’ère post #MeToo questionne clairement ce constat. Il ne s’agit plus seulement de disposer de son corps, mais aussi de faire reconnaître le droit à un plaisir sexuel partagé entre les deux sexes, grâce à une meilleure connaissance des éléments qui entourent la sexualité de la femme.

Le contexte

Les années 1970 marquent un tournant dans l’histoire de la relation de la femme avec son propre corps. En effet, avec la légalisation en 1967 de la contraception, elle s’approprie le droit de disposer librement de son corps. Pour autant, ce n’est que 50 ans après que la question du plaisir sexuel féminin se pose réellement.

Le peu d’importance accordé à l’épanouissement sexuel de la femme et l’ignorance des éléments qui composent sa sexualité prennent racine dans plusieurs facteurs. D’une part, l’importance accordée au plaisir de l’homme, érigé comme la condition sine qua non d’un acte sexuel réussi. Cultivée pendant des siècles, la primauté du plaisir des hommes résiste encore aux revendications vives mais encore récentes des femmes pour reconnaître leurs propres besoins et envies en termes de sexualité. L’éducation et la religion sont aussi des facteurs expliquant que certaines filles et certaines femmes éprouvent des réticences à explorer leurs corps, l’ignorance venant alors donner naissance à un certain nombre de doutes et de peurs entourant notamment le premier rapport sexuel (est-ce que je vais avoir mal ? Est-ce que mon vagin est assez « grand » ?… ).

Des initiatives pour une sexualité féminine plus épanouie

De nombreux comptes ont été créés sur les réseaux sociaux afin d’éduquer et de partager des expériences, heureuses ou malheureuses, en termes de sexualité féminine. T’as joui? est un compte Instagram créé par Dora Moutot dans l’objectif de « libérer la parole et la jouissance des femmes ». Elle y parle de manière décomplexée de sujets très souvent tabous, par le biais de posts humoristiques ou de récits qui lui sont envoyés chaque jour. On y retrouve le thème de l’orgasme, des poils, des règles, de la simulation mais aussi de certains problèmes sexuels parfois méconnus tels que le vaginisme (contraction des muscles périnéaux provoquée par la peur et empêchant la pénétration), les problèmes de libido, etc. Le but est de prendre conscience de certains problèmes par le partage d’expérience, d’en rire et de déconstruire certaines croyances pour lever les tabous et donner naissance à une nouvelle vision de la sexualité, grâce à la libération de la parole des femmes autour de ce sujet.

Certaines séries également ont fondé leur scénario autour de l’éducation sexuelle. Sex Education en est l’illustration la plus pertinente. L’objectif est toujours le même, parler des différentes formes de sexualité afin d’éduquer et de permettre la reconnaissance et l’acceptation des différentes conceptions de la sexualité.

Des résistances au changement

Jean-Claude Picard, dans son ouvrage La Fabuleuse Histoire du clitoris, met en avant l’ignorance qui entoure l’organe du plaisir féminin par excellence. Il reprend une expérience menée par Annie Sautivet, professeur d’art plastique dans un collège plutôt favorisé du nord de Montpellier sur 316 élèves de 4e et de 3e. A sa grande surprise, lorsqu’il s’agit de dessiner les organes génitaux féminins et d’y placer les principaux éléments les résultats sont affligeants. Beaucoup sont notamment incapables de situer correctement le clitoris et à la question directe «Avez-vous un clitoris?», seules 49 % des filles de 4e et 74 % des filles de 3e répondent par l’affirmative, les autres étant dubitatives («Ne se prononce pas»).. Enfin, en 3e deux filles sur trois ne savent pas encore à quoi sert le clitoris. On ne s’étonne donc pas de la polémique concernant les manuels de SVT. Seul un manuel, des éditions Magnard, représente le clitoris à l’heure actuelle. Il semble nécessaire que la représentation des organes génitaux de la femme, y compris ceux qui sont uniquement dédiés à son plaisir, y figurent.

Ceci n’est qu’un exemple parmi d’autres et témoigne d’une réticence encore vive à évoquer la sexualité féminine et à la représenter. Sur les comptes Instagram abordant la question du plaisir sexuel féminin, les commentaires sont souvent véhéments et sont postés, le plus souvent, par les femmes elles-mêmes.

Finalement, il semble qu’il faille désacraliser tout ce qui entoure la sexualité féminine. L’éducation et la communication ont des rôles fondamentaux à jouer pour parvenir à une sexualité de couple épanouie. Freud, éminemment sceptique sur la condition féminine, disait : « la femme est autre que l’homme… incompréhensible, pleine de secret, étrangère et pour cela ennemie ». On peut donner raison à Freud sur un point : la femme qui ignore son corps crée un rapport distant à sa sexualité et devient par là-même effectivement l’ennemie de son propre plaisir. Grâce à l’éducation et à la lutte contre les tabous inutiles entourant la sexualité féminine, il pourra être tout aussi naturel pour une femme de parler et de jouir de sa propre sexualité qu’un homme. La sexualité n’est pas une affaire d’homme ni de femme, c’est une affaire de couple. C’est pourquoi il est nécessaire de connaître l’autre, de prendre en compte sa singularité, ses envies et ses doutes, pour enfin prétendre à une sexualité de couple épanouie.