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Comment entreprendre avec l’incubateur de l’école ? Alexander Bell, Directeur de l’incubateur d’emlyon

L’ incubateur en bref

Présentation de l’incubateur 

L’incubateur de l’emlyon existe depuis plus de 33 ans. Nous sommes la première école de commerce à nous en être dotés, puisque l’ADN de l’école est l’entrepreneuriat depuis très longtemps. Cette structure a vocation à accompagner des entrepreneurs, à la fois de l’extérieur de l’école et des étudiants et alumni. C’est notre particularité depuis le début et cela devrait le rester. 

Pour des raisons d’équilibre de fonctionnement, de diversité de projets, nous avons l’occasion de faire rentrer des ingénieurs, des chercheurs, des docteurs, sur des projets très Tech, ce qui serait moins possible si l’on ne s’adressait qu’à des étudiants de l’école. Comme la stratégie de l’école est notamment l’hybridation – d’avoir des profils différents – nous allons conserver cette capacité à accompagner des entreprises de l’extérieur qui peuvent amener des projets très technologiques.

Les programmes

L’incubateur a aujourd’hui principalement deux programmes :

La pré-incubation, ouverte à la fois à l’extérieur et aux étudiants, pour leur permettre de tester leur projet. Le stade de maturité correspond à l’idée : j’ai une idée, je veux voir si elle est pertinente et si je suis capable de la porter. Notre formule d’accompagnement les aide à obtenir des compétences entrepreneuriales, à mettre cette idée en pratique et à aider à structurer le projet s’ils en ont la volonté. 

Le second programme, d’incubation cette fois, s’appelle le programme Mentorat. Pendant un à deux ans, nous suivons des startups qui sont dans une phase où elles essaient de stabiliser leur premier Business Model. Il y en a actuellement une quarantaine à Lyon et une douzaine à Paris. À terme, il devrait y en avoir une quarantaine. Nous mettons également en place des modalités similaires sur les campus de Casablanca, de Shanghaï et de Saint-Etienne. 

Les types d’entreprises incubées 

Aujourd’hui l’incubateur a-t-il une expertise sur un secteur en particulier ? 

L’incubateur est généraliste. Nous accueillons tout type de projet, même si nous avons encore moins d’expertise sur la fintech et la blockchain, parce que nous n’avons pas encore trouvé d’experts qui puissent amener de la valeur ajoutée sur ces projets. Dans ce cas, nous renvoyons les porteurs de projets vers l’incubateur B612 de la Caisse d’Epargne, qui a plus d’expertise sur ce sujet et suis notre philosophie d’accompagnement. 

Pour les étudiants

Que faites-vous pour les étudiants ? 

Depuis deux ans, il y a un vrai changement de paradigme. Auparavant, les élèves attendaient la fin de leur cursus pour entreprendre. Leur parcours était ponctué du PCE, initiation à l’entrepreneuriat, et les plus entrepreneurs suivaient le programme Startup junior en fin d’études. Aujourd’hui, ils veulent entreprendre dès leur entrée à l’école.

Comment accompagnez-vous les porteurs de projets ? 

Il faut distinguer ce qui a été fait jusqu’ici et le programme tel qu’il sera dès septembre 2019.  

Jusqu’à septembre 2019, où l’on aura une structure claire, ce sera du cas par cas. Les étudiants viennent me voir et je les accompagne pour les orienter dans leur travail, leur donne des pistes de travail et les invite à des ateliers s’ils sont prêts à passer à l’étape supérieure. 

Tout étudiant entré après 2018 devra, au cours de sa scolarité, réaliser au moins un early makers project (2 pour ceux admis sur concours, 1 pour les AST vraisemblablement). S’il a une idée entrepreneuriale, il pourra donc la développer à la Maker Factory avec des tuteurs, celle-ci sera mise en place sous peu. Ce n’est pas encore l’étape de l’incubateur, mais tout projet entrepreneurial devra passer par là. À un moment donné, le niveau d’engagement de l’étudiant ou de l’équipe sera testé, et, si le projet est intéressant, il passera à la deuxième étape. 

La deuxième étape : le pré-incubateur étudiant. A ce niveau, la sélection se fera simplement sur le niveau d’engagement : tout type de projet pourra être accompagné. Le niveau d’accompagnement et d’intensité augmentera, avec plus d’ateliers de tuteurs. Le critère de sélection sera de savoir si le projet mérite vraiment d’être travaillé par un étudiant. Nous travaillons encore sur cette étape et réfléchissons au mentoring d’ateliers et de ressources à y dédier. 

Troisième étape : intégrer l’incubateur si le projet a vraiment un potentiel de startup. Il sera évalué sur trois critères : innovation, pas forcément très technologique – une plateforme peut fonctionner – ambition et croissance rapide. Si le projet ne respecte pas ces critères, nous le réorienterons vers d’autres structures d’accompagnement. À la marge, nous pourrons également accompagner des projets à impact social. À la différence de la pré-incubation, qui vise surtout à enseigner via l’entrepreneuriat, l’incubation aura vraiment pour ambition l’hypercroissance de l’entreprise. 

Les étudiants ne connaissent pas encore forcément le projet parce qu’il n’a pas été communiqué officiellement, mais nous ne l’avons pas communiqué de manière importante tant que la structure n’a pas été fixée. L’objectif est qu’il soit communiqué de manière claire à tous les étudiants de l’école à la rentrée prochaine.


1400 Le nombre d’entreprises passées par l’incubateur depuis sa création

12 à 13 000 emplois directs créés par ces start-ups

85% Le taux de survie à 5 ans des entreprises qui passent par le programme Mentorat (contre 50% en moyenne en France). 


Le profil d’un bon entrepreneur

Par quoi se matérialise justement cette philosophie ? 

Créer sa startup, c’est à la mode, beaucoup trop, et c’est très dangereux pour plusieurs raisons. L’avantage est que beaucoup de personnes qui ne se lançaient pas parce qu’elles ne s’en sentaient pas capables le font, et cela peut donner de beaux projets. Mais beaucoup d’autres créent pour de mauvaises raisons et c’est dangereux pour l’écosystème des startups en général. C’est d’abord dangereux pour eux, et ensuite pour les autres qui vont être pénalisés par l’image créée. Les investisseurs et les financeurs les prendront moins au sérieux, les clients aussi.  

Qu’est-ce qu’une mauvaise raison de se lancer ? 

Ceux qui montent leur boîte parce que c’est cool n’ont pas les bons drivers. Une personne qui monte une entreprise doit avoir un drive profond. C’est un état d’esprit, presque une passion, c’est un mode de vie et je pense que tout le monde ne l’a pas. 

En revanche, beaucoup de choses s’apprennent, il existe une méthodologie de la structuration d’un business. J’ai pour habitude de dire que créer une startup ne s’improvise pas. Contrairement à ce que l’on peut penser, 80% de l’approche de structuration d’un business peut être tout à fait anticipée. 

Il faut trouver le juste milieu : lancer son prototype de façon réfléchie et à la bonne échelle, itérer pour chaque étape, reprendre les défauts et les corriger. 

La culture américaine

Quelle est la différence entre le marché français et américain, où l’on trouve beaucoup plus de startups ? 

La taille du marché national d’abord, six foix plus grande aux Etats-Unis, ce qui permet à leurs startups de se développer beaucoup plus rapidement au démarrage. 

Deuxièmement, l’influence mondiale de la culture américaine, qui permet à ses entreprises de très vite se tourner vers l’Europe, et d’y être acceptées, alors qu’une entreprise française devra taire qu’elle est française pour réussir aux Etats-Unis. 

Troisièmement, l’entrepreneuriat aux Etats-Unis est beaucoup plus développé qu’en France, et les entrepreneurs évoluent donc dans un milieu beaucoup plus concurrentiel ce qui les rend plus exigeants et ambitieux. En France, on manque encore d’ambition.

Enfin, l’écosystème aux Etats-Unis permet aux start-ups d’avoir beaucoup plus de fonds pour se développer rapidement. Les tickets d’investisseurs sont beaucoup plus importants qu’en France. 

Mais ne soyons pas naïfs non plus. Nous voyons les licornes américaines qui réussissent, mais nous ne voyons pas toutes celles qui échouent, et elles sont nombreuses.   

Le fonctionnement de l’incubateur 

A l’incubateur, vous êtes plutôt sur la partie accompagnement des entrepreneurs plus que la partie accompagnement du financement ?

Oui, mais on peut mettre en relation. Aujourd’hui, nous ne sommes pas un fonds. Peut-être qu’un jour nous irons vers cette activité, c’est une possibilité, mais ce n’est pas la priorité aujourd’hui. 

Nous aidons les entrepreneurs à préparer leurs levées de fonds, en travaillant le pitch, les projections financières et les valorisations d’entreprise, mais la vocation de l’incubateur est surtout d’aider les entrepreneurs à structurer leur premier business model : comprendre le marché, structurer son business, et une fois ceci fait, se lancer.  

Qui sont les mentors du programme ?  

Nous avons une cinquantaine d’experts à disposition des porteurs de projets. Ils ont une double expertise, sectorielle et fonctionnelle, et des profils très différents. Certains sont entrepreneurs, d’autres ont créé des lignes de business dans des entreprises existantes de manière très entrepreneuriale, d’autres ont évolué dans des PME avec des dynamiques similaires de croissance. Tous ont une expertise sectorielle ou fonctionnelle. 

Nous avons une quarantaine d’experts fonctionnels qui ont une connaissance très pointue dans différents domaines : des experts passés par la banque privée Rotschild pour la levée de fonds, des experts de la segmentation de marché innovant, des avocats partenaires ultra pointus dans certains domaines comme la protection de savoir-faire numérique et des algorithmes, des experts RH, en management, en growth hacking ou marketing digital. 

Selon les startups qui rentrent, le profil des porteurs de projets, nous essayons de faire un bon matching entre la startup et le mentor. Cette individualisation du suivi permet beaucoup plus de finesse dans l’analyse et de pertinence dans les conseils. J’y prends soin. 

Si les projets peuvent encore beaucoup fluctuer après leur entrée à l’incubateur, sur quels critères sélectionnez-vous les entreprises que vous choisissez d’incuber ?  

Comme pour les projets étudiants, sur le niveau d’engagement, mesuré par la densité de travail fourni en amont, la capacité à devenir des startups, et l’équipe, très importante. Une équipe doit être cohérente en termes de complémentarité technique et humains. L’entrepreneur doit prouver sa capacité à intégrer les informations importantes et rejeter les autres : il reçoit un flux de données d’informations qui peut être contradictoire, arrive-t-il à faire le tri ?  

Quel est le parcours type d’une entreprise dans l’incubateur, de son entrée à sa potentielle sortie ?  

L’entreprise a un accompagnement, au travers de mentors et d’ateliers d’experts, 30 à 35 par an. Nous créons également des synergies avec l’école, notamment sur les dimensions juridiques, financières et de marketing stratégique. Ainsi, des étudiants du Master juriste international vont travailler sur les problématiques juridiques d’une startup, chapeautés par nos avocats partenaires. C’est intéressant pour la startup, qui avance sur de nombreux sujets, et pour les étudiants, qui font une étude de cas plus ancrée dans le réel que ce qui pourrait être donné sur feuille.

Un autre niveau d’accompagnement est la revue de projet, trois à quatre fois par ans, par un comité. On demande aux porteurs de projets de nous faire un reporting de ce qu’ils ont fait pour suivre leurs avancées et les préparer à ce qu’ils auraient à faire aux investisseurs. Cela les aide à se structurer. 

Puis on communique sur des opportunités via notre réseau. Nous avons des partenaires de Google ou Amazon qui peuvent leur faire bénéficier d’un certain nombre d’avantages, et ces aides ponctuelles peuvent leur être assez intéressants. 

Quand sortent-ils du processus ? 

Généralement, après deux ans, même si l’incubation est d’un an renouvelable. Cette rotation permet à de nouveaux projets de rentrer et les entreprises incubées restent dans l’écosystème : on les invite aux ateliers. 

Quel est votre mode de rémunération ?

Les entreprises paient un droit d’entrée et une cotisation annuelle, mais nous ne prenons pas de parts de participations. 

Des exemples de belles réussites passées par l’incubateur ?

Neuf ans après sa naissance, l’entreprise d’aide à la communication digitale compte plus de 200 salariés.

J’aime bien citer Geolid une entreprise assez récente, créée par des étudiants, qui compte aujourd’hui plus de 250 personnes et réalise une vingtaine de millions d’euros de chiffre d’affaires. Les fondateurs étaient passé par le Master entreprendre en 2009.

Une autre est Webinterpret, au modèle similaire, aujourd’hui en Pologne avec à peu près le même chiffre d’affaires et nombre de salariés.

Webinterpret, surfant sur la tendance digitale, aide les entreprises de biens à lancer leur eshop dans plus de 60 pays.  

Certaines entreprises avancent bien. Nous n’avons pas de projets de type Uber, Airbnb, ils n’auront pas la puissance des projets américains, pour les raisons que nous avons déjà évoquées. Puis nous avons des entreprises qui sont montées et dépassent aujourd’hui les centaines de millions de chiffres d’affaires. 

Avez-vous des ambitions pour changer les choses ? 

Nous avons eu deux-trois projets en B2C, dans une concurrence tout de suite mondiale. Un est actuellement en phase de projet à Toronté, un projet social très prometteur. 

Ce qu’il faut comprendre, c’est que l’écosystème français, et lyonnais en particulier, a été essentiellement un écosystème B2B, ce qui signifie que les investisseurs et les business angels ont l’habitude de financer ce type de projets, pas forcément très digitaux. A Paris, les choses ont bien évolué, et cela commence à Lyon, mais les projets B2B, mondiaux très rapidement, font encore peur. Le B2C est très complexe, très fluctuant, alors que le B2B est plus rassurant, il y a beaucoup moins d’irrationalité.    

Si demain, des entrepreneurs comme ceux de Toronto viennent me voir avec un super projet, nous les accompagnerons avec plaisir. Si nous n’avons pas l’expertise, nous nous formerons avec eux. 

Y a-t-il un écosystème entre les entreprises incubées ?

Oui, entre entrepreneurs d’abord, et nous essayons d’encourager l’interaction. Nous ne pouvons en incuber que 12, donc 28 des 40 sont dehors, et ont moins la chance d’échanger.

Nous essayons donc de favoriser ces échanges via les ateliers, 

Ces échanges se font en fonction des affinités, parfois nous les mettons en relation si elles sont sur des sujets proches.

Et avec vos partenaires ? 

Ensuite, avec des entreprises partenaires : des experts-comptables, des avocats essentiellement. Nous travaillons sur un gros partenariat avec une entreprise d’assurance et un éditeur de logiciels, une SSII. Elles nous apportent des moyens financiers pour nous aider à nous développer. 

Notre vocation n’est pas de faire du chiffre d’affaires, mais d’avoir un impact, aussi bien auprès du public apprenant qu’auprès de la société, avec un impact économique social. 

Notre ambition est également de soutenir la politique early makers de l’école, en intégrant l’entrepreneruiat à votre parcours. Nous travaillons à donner une réalité à la punchline early makers.