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Trouver son stage dans l’entrepreunariat

Quand on veut faire une carrière dans la finance ou le conseil, les stages à rechercher sont souvent évidents, dès lors que l’on sait ce qu’on veut faire plus tard. Mais quid de l’entrepreneuriat ? La plupart des étudiants ne savent pas quels stages seraient les plus utiles pour les former à la création d’entreprise.

Sylvain Bourrier, professeur de PCE à l’emlyon et CEO de WEAVUP, nous a aidé à décrypter les éléments clés qui permettront aux aspirants entrepreneurs de tirer le maximum de profit de leur stage.

Quel type de stage conseillez-vous de faire lorsque l’on veut devenir entrepreneur ?

« Il y a deux choix : le premier, ce serait de dire j’essaie de créer ma boite, mais je ne sais pas si c’est accepté dans le cadre des stages que vous devez faire. Dans ce cadre-là, il faut essayer de créer sa boite, en testant dans un incubateur une idée qu’on a eue, ou un projet PCE.

Le deuxième, c’est travailler dans une boite, pour un entrepreneur, afin d’apprendre les bonnes pratiques de cette entreprise. Et là encore, il y a deux choix qui s’offrent : soit je sais déjà quel genre de start-up je veux créer, et dans ce cas j’essaie de prendre une boite qui lui ressemble, afin d’analyser le marché. Pourquoi ne pas travailler chez un concurrent également. Soit je ne sais pas, et j’ai envie de découvrir le monde de l’entrepreneuriat. Il faut alors essayer de voir quelle sont ses appétences : ai-je envie de travailler dans une start-up sur le numérique, dans la production, ai-je besoin d’une forte dimension sociale… là, c’est vraiment ce qui nous porte au cœur : autant travailler dans des choses qu’on aime.  

Maintenant, il va y avoir la question de quelle boite je vais contacter pour essayer de faire un stage chez eux. Le choix va beaucoup dépendre de l’intuition personnelle : l’entrepreneur est primordial dans l’ADN de la boite. Il faut se demander si l’on veut rejoindre des gens qui sont dans le process de création de l’entreprise pour savoir comment créer une entreprise, ou des gens qui ont déjà créé leur entreprise qui est déjà rentable afin d’être dans un axe de développement de l’entreprise. Et puis enfin, il y a les start-ups qui ont déjà validé leur business model et qui cherchent une stratégie de croissance différenciée. »

Dans tous les cas, il faut absolument faire un stage en start-up, ou y a-t-il des avantages à rejoindre un grand groupe ?

« C’est certain, sauf si on a déjà une idée en tête et qu’on veut vendre à ce groupe. On va donc essayer de faire un stage dans le groupe qui pourrait nous acheter.

Il y a encore un dernier axe qu’on n’a pas évoqué. Il ne concerne ni les stages en start-up, ni ceux en grands groupes, mais les structures d’accompagnement de start-ups : incubateurs, accélérateurs, structures d’intrapreunariat, lieux dédiés à l’entrepreunariat, etc. »  

De nombreux étudiants pensent à faire une carrière dans la finance ou dans le conseil, et ensuite lancer leur boite. Y a-t-il un secteur qui serait plus utile qu’un autre ?

« C’est ce que j’ai fait. Et non, très clairement, moi je conseille toujours aux étudiants de se lancer maintenant, car vous n’avez rien à perdre. Vous ne prenez pas de risques, vous êtes encore étudiants et vous avez tout à gagner. En revanche, orientez-vous plutôt BtoC, car en général votre réseau est plutôt là-dessus. Quand on a déjà un réseau professionnel, on peut essayer de capitaliser sur ce réseau pour lancer une boite dans un domaine qu’on connait bien. »

On entend également beaucoup parler de l’intraprenariat depuis quelques temps. Qu’est-ce que c’est concrètement ?

« En général, l’intraprenariat s’adresse à des professionnels de l’entreprise qui ont un certain nombre d’années dans l’entreprise. Et plutôt que de les laisser partir, on va leur proposer de faire un projet en interne s’il est pertinent, ce qui vous permettra de vous faire votre petit plaisir entrepreneurial sans prendre de risques. C’est très prisé par les salariés d’entreprises qui en ont marre du train-train quotidien. En stage, vous ne le ferez pas, car ce n’est donné qu’aux personnes expérimentées : on va leur dire « Tiens, c’est ton projet, tu t’en occupes ». Dans 80% des cas, ce n’est proposé que pour attirer la personne en entretien. De toutes les manières, il faut absolument connaitre la posture entrepreneuriale pour pouvoir l’appliquer en intraprenariat. »

Cette interview s’adresse aux étudiants de première ou deuxième année qui cherchent encore à s’orienter, mais aussi à ceux qui s’apprêtent à faire leur stage de fin d’études. Que leur conseillez-vous ?

« Ça dépend de ce qu’on aime. Est-ce qu’on veut être entrepreneur, ou est-ce qu’on veut travailler dans l’entrepreneuriat ? Ce n’est pas la même chose. Si on veut travailler dans un secteur entrepreneurial, il faut faire un stage de pré-embauche, dans une boite qui fait un bon chiffre d’affaires et qui est capable de recruter ensuite, parce que le critère important, c’est est-ce qu’ils ont l’intention de tenir le poste à la fin du stage ? Est-ce que c’est être payé moins cher en attendant qu’ils se développent pour pouvoir le faire ? Parfois, les étudiants disent que les entrepreneurs sont des menteurs parce qu’ils disaient qu’ils vont les embaucher alors que finalement non. C’est juste qu’ils n’en ont pas la capacité, s’ils le pouvaient ils le feraient. En tant que stagiaire, on prend le risque de ne pas être recruté ou payé à la fin du mois.

Si on a envie d’être entrepreneur en fin d’études, il faut se lancer tout de suite. C’est possible de créer sa boite pendant un stage de fin d’études, mais je n’en vois pas l’intérêt et il vaut mieux mettre toute son énergie dessus. »

En effet, les salaires sont souvent bas en start-up, voire inexistants…

« Ça dépend de ce qu’on va chercher. Si on cherche des sous, il ne faut pas aller en start-up et en entrepreneuriat. Ce n’est pas fait pour être millionnaire. La moyenne d’âge d’un entrepreneur est de 42 ans, donc c’est loin du cliché du jeune étudiant qui monte sa boite. Quand on a une bonne carrière et un bon réseau, on peut capitaliser dessus. »

Et sur quoi peut-on se baser pour se vendre en entretien ?

« Ça va dépendre. Si tu es en première année, ça va être plus difficile. Ce que recherche la start-up à mon sens, c’est l’autonomie. Or les 1A sont rarement autonomes, et ça veut dire que si on est recruté, on va faire des tâches qui ne sont pas à haute valeur ajoutée. En revanche, on fera des tâches beaucoup plus variées que si l’on était dans une autre entreprise où l’on aurait fait trois tâches similaires pendant tout le stage. La personne doit faire les choses même si elle n’a pas les compétences ; ce n’est pas bien grave car l’entrepreneur ne les a pas non plus. Forcément, s’il y a deux trois personnes au démarrage, même douze, elles feront le métier du triple de personnes qu’il pourrait y avoir. Dans la réalité des choses, tous les entrepreneurs font des choses qu’ils ne savent pas bien faire. Ce qui va vraiment faire la différence en école de commerce, c’est le relationnel, la capacité à rédiger – car aujourd’hui c’est un problème dans les écoles de commerce, au niveau de la rédaction. Il ne faut pas hésiter à se montrer sympathique, ouvert aux gens et prendre les critiques de manière positive, et surtout être des makers dans le sens réel du terme : je prends un truc, je le réalise très rapidement (en une journée ou en une semaine). Le gros avantage en entrepreneuriat, c’est que l’on va voir la réalisation de ses projets, contrairement à des stages dans de grandes entreprises où on ne verra jamais ce que notre travail a fait, sauf si l’on retourne plus tard dans la boite ou si l’on pose la question. »

Les 1A venant de prépa doivent obligatoirement faire un stage à l’étranger cette année. Y a-t-il des pays que vous conseillerez plus que d’autres si l’on veut par la suite entreprendre en France ?

« C’est pareil partout. Le marché sera différent, mais l’entrepreneuriat sera toujours pareil. Si tu vas en Afrique et que tu aides à créer une nouvelle plateforme d’extraction d’énergies fossiles, c’est l’entrepreneuriat qui va faire la différence. Il y a également la possibilité de faire un stage dans une entreprise française implantée à l’étranger, où la seule différence qu’il y aura sera l’environnement. »

Pour terminer, vous avez dit que l’un des avantages de travailler en start-up est que l’on peut voir rapidement les conséquences de nos actions. Quels autres avantages y a-t-il, et quels sont les inconvénients ?

« Le gros hic, c’est les sous. Si on a besoin de sous, ça va être délicat, surtout pour des start-ups qui ont peu d’argent. Si l’on est prêt à faire impasse là-dessus – je sais que ce n’est pas politiquement correct car un stagiaire doit être rémunéré, et il y a toujours des arrangements à trouver. Si on fait un stage chez EY par exemple, on va être payé entre 1300 et 1400 euros par mois, alors qu’en start-up, on aura le minimum légal, voire pas, et ça fait la différence. Après, ce sont des conditions étudiantes et à priori, ça sera moins important pour certains.

Le deuxième hic, c’est que si l’on veut aller dans des grosses boites après, on n’aura pas le « tampon grosse boite », et c’est souvent demandé.

Les avantages sont l’autonomie, car l’on est responsable de ce qu’on fait et ça n’arrive jamais en grande entreprise ; on pourra alors être fier de ce que l’on fait. L’apprentissage rapide, il faut être capable de le faire, mais on va toucher à plusieurs métiers différents. Il ne faut pas avoir peur du poste Assistant of the CEO : on va certes être touche-à-tout, mais on va voir tout ce qui se passe dans la boite. »

Enfin, afin d’avoir des éléments plus concrets, pourriez-vous nous dire quels sont les axes de recrutement de stagiaires à WEAVUP ?

« Il y en a plusieurs : être le bras droit du CEO, c’est-à-dire l’accompagner sur tous les axes de développement de l’entreprise. En marketing, il s’agira de travailler sur l’acquisition et la qualification de leads comme l’automation et le growth hacking. Enfin, il y a également un axe de business development, où il faudra faire de la prospection, de l’événementiel, de la communication et de la relation clients. »


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