S’orienter dans les Affaires Publiques après un cursus en école de commerce, c’est possible : entretien avec le Cercle Affaires Publiques emlyon alumni

S’orienter dans les Affaires Publiques après un cursus en école de commerce, c’est possible : entretien avec le Cercle Affaires Publiques emlyon alumni

Qui a dit que le secteur des affaires publiques ne s’adressait pas aussi aux étudiants en école de commerce ? Est-il nécessaire d’avoir fait un IEP ou l’ENA pour avoir une chance de travailler dans ce milieu ? Dans cet entretien, Lucas Janer, Sarah Genton et Laurina Clerc, tous trois étudiants à emlyon et membres fondateurs du cercle des affaires publiques d’emlyon, brisent ce mythe. Faire profiter les étudiants d’emlyon des opportunités de ce secteur, montrer qu’il est possible d’avoir une carrière post école de commerce dans cette branche sont, entre autres, à l’origine de la création de ce cercle. 


Pouvez-vous commencer par vous présenter ? 

Lucas : Je m’appelle Lucas Janer et je suis président du Cercle Affaires Publiques d’emlyon. Je suis également étudiant en troisième année à emlyon et je faisais partie de la tribune étudiante de l’école, Forum. Je termine par ailleurs mon stage chez Saper Vedere, un cabinet de conseil en communication et Affaires Publiques. 

Laurina : Je m’appelle Laurina Clerc, élève en Master 1 à emlyon et responsable des conférences chez Forum emlyon. Je suis également Co-fondatrice et Vice-Présidente du Cercle d’Affaires Publiques et vais retrouver mes différentes fonctions après avoir effectué un stage en tant qu’ingénieure commerciale dans un cabinet de conseil, spécialisé en cybersécurité. 

Sarah : Je m’appelle Sarah Genton, je suis en deuxième année à emlyon et je termine un stage au sein du pôle Affaires publiques chez Image 7, une agence de communication. En parallèle, je suis membre du pôle communication de l’association de géopolitique et de diplomatie, Diplo’mates, et responsable communication au sein du Cercle Affaires Publiques.  

Vous faites donc partie des membres cofondateurs du cercle Affaires Publiques emlyon alumni. Pouvez-vous expliquer en quoi consiste la nature de ce cercle et quelles sont les personnes qui en font partie ? 

Lucas : Nous dépendons uniquement du réseau des diplômés d’emlyon (emlyon alumni), c’est-à-dire que notre organisation suit le modèle du club Afrique, du club digital ou encore du club santé. Nous ne sommes pas une association étudiante à part entière. Nous sommes avant tout là pour animer une communauté thématique au sein des diplômés d’emlyon, tout en voulant faire profiter les étudiants des opportunités du secteur. Nous sommes à la croisée des chemins entre un club alumni classique et une association étudiante. 

Sarah : Notre spécificité est que le cercle a été créé par des étudiants  ; nous sommes d’ailleurs un bureau très jeune, mais nous nous adressons autant aux alumni qu’aux étudiants. Nous ne nous voyons pas comme une association, mais comme une structure plus professionnelle, dont l’objectif est d’animer un réseau : partager des offres d’emploi ou des renseignements sur des parcours, et permettre des rencontres professionnelles. 

Laurina : On trouve une grande hétérogénéité parmi les fondateurs du cercle. Certains d’entre nous, comme Lucas, vont bientôt voguer vers de nouveaux horizons, tandis que plusieurs étudiants en deuxième année, comme Sarah et moi, allons entrer en mandat associatif.  

Cette hétérogénéité se manifeste également dans le choix de nos stages : certains co-fondateurs comme Sarah et Lucas ont fait des stages en Affaires publiques, et d’autres comme moi ont plutôt réalisé leurs stages dans d’autres secteurs. Cela nous permet d’avoir une vision plus globale et réaliste de la situation (définition des Affaires Publiques, compréhension des problématiques…) ainsi que des avis divers et variés au sein du cercle. 

Vous êtes finalement une initiative assez récente. Quand le cercle a-t-il été créé ?

Lucas : Nous avons présenté l’idée l’été dernier au réseau emlyon alumni ; nous existons officiellement depuis septembre 2020.  

Vous avez donc, j’imagine, plusieurs objectifs qui sont à l’origine de la création de ce cercle. Pouvez-vous nous en citer quelques-uns, à plus ou moyen terme, ainsi que vos actions concrètes ?  

Sarah : Nous voulons créer un réseau et fédérer étudiants et alumni d’emlyon autour de cette thématique des affaires publiques. À court terme, nous allons créer un groupe Facebook pour partager les actualités, les offres d’emploi et de stages : cela nous semble intéressant, car de nombreux étudiants à emlyon sont intéressés par les Affaires Publiques sous leurs différentes formes. Nous en partageons déjà régulièrement sur notre page Linkedin. (Ndlr : Cercle Affaires Publiques emlyon alumni).  

Laurina : Nous souhaiterions également vous parler des personnes « bénéficiaires » de la création du cercle. Nos cibles sont plurielles. Nous nous adressons d’abord aux étudiants intéressés par les Affaires publiques, mais qui se sentent perdus ou isolés en école de commerce. L’objectif est donc de leur montrer que d’autres étudiants d’emlyon sont concernés par cette problématique, et leur faire prendre conscience qu’il est possible d’avoir une carrière post école de commerce dans ce secteur. Le cercle est là aussi pour les accompagner, leur montrer les alternatives dont ils disposent pour orienter leur carrière vers les Affaires publiques, et leur faire rencontrer le plus de personnes possible, alumni ou étudiants actuels, qui partagent leurs questions mais aussi leur appétence. La deuxième cible est celle des étudiants, de prime abord, peu voire pas intéressés par les Affaires Publiques par manque de connaissance ou de compréhension. Nous visons également ces derniers ; une discussion avec des alumnis, pourrait faire naître une vocation chez eux. Et enfin, bien évidemment, nous nous adressons aussi à tous les alumnis des Affaires Publiques qui souhaitent partager leur expérience, renseigner les nouvelles promotions, échanger avec leurs pairs… 

Sarah : Dans mon cas, je pensais qu’en venant d’emlyon, il serait difficile voire impossible de travailler dans les Affaires Publiques. Finalement, c’est tout à fait envisageable : j’ai obtenu mon stage en Affaires Publiques en envoyant mon CV et ma lettre de motivation sur LinkedIn alors que je n’avais presque aucune expérience professionnelle et aucun piston. Nous voulons faire prendre conscience aux étudiants et aux alumni que c’est possible de travailler dans ce secteur, en les aidant et en les mettant en relation avec les bonnes personnes. 

Lucas : Concernant nos actions concrètes, je rajouterai un dernier élément : nous pouvons aussi avoir un rôle auprès de l’administration et dans l’enseignement. Par exemple, essayer d’apporter une diversité supplémentaire aux électifs du Programme Grande Ecole, faire en sorte que les Affaires Publiques soient plus représentées dans les débouchés de l’école. 

Sarah : En effet, nous allons essayer de faire prendre conscience à emlyon que c’est une tendance qui peut intéresser les étudiants.  

Vous êtes donc dans une démarche de vous rendre utile auprès des étudiants de l’école. Est-ce qu’il n’y a pas aussi une volonté de valoriser ce secteur ? En effet, cet engouement pour les affaires publiques peut paraître un peu étonnant quand nous sommes étudiants en école de commerce : nous penserions plutôt au secteur privé.

Lucas : Je pense qu’il est important de garder à l’esprit que les affaires publiques englobent le public et le privé. Par exemple, nous pouvons être directeur des Affaires Publiques dans une entreprise et nous occuper des relations institutionnelles ; dans une fédération, nous pouvons représenter les intérêts d’un syndicat ou d’une organisation professionnelle auprès des décideurs, ce qui se rapproche des relations publiques et institutionnelles. Nous pouvons également travailler dans un cabinet de conseil en Affaires Publiques. Finalement, ce secteur est très large, il ne faut pas seulement le résumer à la dichotomie public/privé. 

Sarah : Nous voulons montrer que la frontière entre le privé et le public est assez poreuse. On peut facilement passer de l’un à l’autre. C’est l’un des thèmes que nous avons abordés dans notre webinar d’hier (Ndlr : Webinar « Osez les Affaires publiques » organisé le 17/12/20)  puisque nos deux intervenantes travaillaient en ministère après avoir travaillé auparavant dans le privé.  

Lucas : En effet, des profils types Sciences Po ou ENA vont peut-être être sur le papier plus intéressants, mais chacun s’accordera sur le fait qu’il faut connaître le monde de l’entreprise dans le cabinet du ministre de l’économie par exemple. Les profils école de commerce sont clairement valorisés dans certaines filières. L’école de commerce a un vrai argument, une vraie diversité, et nous ne nous en rendons pas compte quand nous y sommes, ou parfois trop tard, ce qui est dommage. Nous voulons éviter de voir ce genre de regret parmi les étudiants, c’est-à-dire qu’il se disent à la fin de leur carrière « si j’avais su… ». 

Laurina : Nous ne négligeons pas non plus les doubles-diplômes avec Sciences Po : nous sommes bien conscients que c’est une voie royale. Notre objectif est et demeurera d’aider les étudiants à se diriger vers les Affaires Publiques s’ils le souhaitent et s’ils ressentent le besoin d’être accompagnés pour y parvenir. Nous voulons juste leur réaffirmer qu’il est possible d’intégrer ce secteur à plus ou moins long terme sans être passé par Sciences Po ou l’ENA.

Sarah : La plus grosse plus-value de Sciences Po est de préparer à des concours administratifs : si vous voulez en préparer, c’est beaucoup plus simple en passant par cette voie, mais sinon, ce n’est pas nécessaire. Nous pouvons y arriver en faisant les bons stages et en rencontrant les bonnes personnes. Comme l’a dit une de nos intervenantes hier, il y a aussi la volonté d’avoir une diversité de profils au sein des ministères, des entreprises, des cabinets de conseil et du secteur public : avoir des profils variés pour avoir plusieurs points de vue différents. 

Vous présentez dans une vidéo les clichés que nous entendons souvent sur le secteur des affaires publiques. Au contraire, qu’est-ce qui vous attire, vous passionne personnellement malgré les préjugés que nous pouvons entendre sur ce secteur ? 

Lucas : Pour ma part, c’est le concept même d’entreprise. Le fait de travailler, que le but ultime soit de gagner de l’argent, c’est perdre parfois une partie du sens de son travail. Dans le public, l’unique but c’est, sans vouloir être naïf, être au service du pays et des gens. Dans une entreprise, même si ce que nous faisons nous intéresse et que nous sommes bien dans notre travail, la finalité reste de gagner de l’argent. Il y a également un deuxième élément dans mon cas : le goût pour la politique. Lorsque nous travaillons dans ce secteur, nous avons tendance à suivre davantage l’actualité, à travailler au cœur de ce milieu, ce que je trouve très intéressant. 

Sarah : Pour ma part, si je veux travailler pour le secteur public, c’est parce j’ai envie d’être utile et je pense que c’est un point commun à beaucoup des personnes qui sont attirées par ce milieu. J’ai envie de me dire que ce que je fais aide les gens et que, sans être naïve à nouveau, je ne travaille pas seulement pour m’enrichir ou enrichir quelqu’un, mais pour avoir du sens dans ce que je fais. C’est important pour moi de me dire que je sers mon pays. Ce sont des vocations, nous ne faisons pas ça par hasard. 

Laurina : Personnellement, j’ai une vision totalement différente de celles de Sarah et Lucas. Mon objectif n’est pas d’intégrer le secteur public ou les Affaires Publiques en sortie d’école. Cela pourrait devenir un objectif à plus long terme : je préfère commencer une carrière dans le privé, voir son fonctionnement, pour ensuite basculer côté public afin d’en comprendre les mécanismes, et finir par m’orienter vers la politique. C’est l’attrait pour la connaissance et la compréhension des Affaires Publiques qui m’attire vers elle. Cependant, je rejoins un peu Lucas, c’est plus un intérêt pour la politique, la compréhension du monde qui nous entoure, et être au cœur de l’actualité et de l’action qui nous conduisent naturellement à nous investir dans le cercle.  

Avez-vous quelque chose à rajouter, un dernier mot pour la fin ? 

Lucas : Il ne faut pas hésiter à nous contacter si vous avez besoin de renseignements. Si des nouvelles promotions ou nouveaux visages sont intéressés, nous sommes à disposition des étudiants et des diplômés. N’hésitez pas à nous contacter via notre LinkedIn ou notre adresse email pour nous dire ce que vous souhaiteriez voir exister à emlyon en rapport avec les Affaires Publiques, et que nous pouvons mettre en place à notre échelle.  

Sarah : Personnellement, le message que je voulais faire passer est que pour travailler dans les Affaires Publiques, le bon diplôme n’existe pas : il faut oser. Les cabinets de conseils en Affaires Publiques recherchent des étudiants en école de commerce, donc n’hésitez pas, postulez, il faut être un peu audacieux et forcer le destin. Ce sont des métiers qui ne dépendent pas tellement de votre formation, mais plutôt de votre motivation. Envoyez des CVs, contactez les bonnes personnes, et ne vous dites pas « c’est pas fait pour moi car je n’ai pas fait Sciences Po ». Osez, soyez motivé, je l’ai expérimenté et cela fonctionne. 

Laurina : Je rajouterai quelques mots à destination des étudiants qui ne sont pas de prime abord attirées par ce secteur : ne passez pas votre chemin, mais soyez curieux, ouverts d’esprit et enrichissez votre connaissance de ce secteur.. Comme nous l’avons expliqué, la frontière peut être infime entre privé et public. Il est possible de rester dans une entreprise mais d’avoir à sa charge les Affaires Publiques de l’entreprise. Prenez le temps de vous renseigner, lisez, posez-nous des questions, et ne tournez pas la page uniquement parce que c’est écrit “Affaires Publiques”. 


À savoir :  

Si vous souhaitez contacter le cercle Affaires Publiques emlyon alumni, vous pouvez écrire à cette adresse : cercleaffairespubliquesemlyon@gmail.com 

Le cercle n’est pas une association étudiante, donc ne coopte pas. Les recrutements se font en fonction des besoins et de l’intérêt des personnes. 

Enfin, le 28 janvier, le cercle va recevoir Isabelle Tongio, directrice des affaires publiques et gouvernementales du laboratoire bioMérieux. Elle parlera notamment à cette occasion du conseil en Affaires Publiques : ce qu’est être directrice des Affaires Publiques dans une entreprise, ou encore de l’actualité côté Affaires Publiques, comme son rôle dans la crise sanitaire. Plus d’informations à venir courant janvier ! 

Par Marie Perney, journalisme chez Verbat’em