Faut-il sauver le soldat Netanyahou ?

Faut-il sauver le soldat Netanyahou ?

A l’heure des casseroles judiciaires et des mises en accusation de la police, le premier ministre israélien Benyamin Netanyahou tire-t-il son baroud d’honneur ?

La construction de « Bibi »

Tout commence la nuit du 3 juillet 1976 à l’aéroport international d’Entebbe, capitale de l’Ouganda du dictateur Idi Amin Dada, dit « le dernier roi d’Écosse ». Les forces spéciales israéliennes délivrent les otages du vol Air France cloué au sol depuis une semaine. La réussite de l’opération est presque totale. Un seul hic, la mort du colonel Jonathan Netanyahou dans l’opération traumatise l’opinion israélienne. Son jeune frère Benyamin est durement marqué par le drame. Lui aussi a fait ses gammes dans les unités d’élite de Tsahal, l’armée israélienne. Il s’en est retiré trois ans plus tôt pour finir ses études d’architecte au MIT.

Né en 1949 dans une famille juive lituanienne arrivée en Palestine mandataire dans les années 1920, Benyamin est le fils du secrétaire du père spirituel de la droite israélienne nationaliste, Zeev Vladimir Jabotinsky.

Après la mort de son frère, « Bibi » crée une fondation à son nom où il fait de la « paix par la sécurité », c’est-à-dire l’occupation permanente et son contrôle des territoires palestiniens occupés, son cheval de bataille politique.

En Israël, les hommes et femmes politiques portent des surnoms marketing pour les rendre fréquentables et proches du peuple. Face à « Bibi », « Buji » du parti travailliste, ou « Tzipi » du parti centriste Kadima et même son adversaire à la tête de l’Autorité palestinienne, l’indéboulonnable Mahmoud Abbas, appelé par son nom de guerre, « Abou Mazem ».

Après un détour par la diplomatie, Benyamin devient Premier ministre en 1996 puis sans discontinuité depuis 2009, et à la tête du parti de droite nationaliste, le Likoud, il se construit l’image d’un « Monsieur Sécurité ». Apparaissant dans des spots publicitaires pour les élections, il se fait le garant de la sécurité des Israéliens et de leur prospérité économique. Les résultats sont là. La mise en place d’une politique sécuritaire, dont la construction d’un mur de sécurité sur la ligne verte avec la Cisjordanie, réduit drastiquement les attentats terroristes. L’économie, galvanisée par les nouvelles technologies, est au beau fixe et le chômage au point mort. En 2018, les Israéliens sont devenus aussi riches que les Français en PIB par habitant.

La fin justifie-t-elle toujours les moyens ?

Les inégalités sociales et économiques n’ont jamais été aussi fortes. Les minorités non-juives, chrétiennes, musulmanes, druzes qui représentent plus de 20% de la population sont désormais reléguées au second plan avec l’adoption de la loi de l’État-Nation en juillet 2018 qui légitime une nouvelle forme d’apartheid social. Cette loi, chèrement voulue par la coalition des partis nationalistes et ultra religieux, a pour but de transformer l’État d’Israël en un État juif, pour les Juifs seulement.

Manifestation druze contre la loi État-nation en juillet 2018 à Tel-Aviv
https://fr.sputniknews.com/international/201808041037515419-israel-druzes-manifestation-loi-etat-nation/

Par ailleurs, le processus de paix avec les Palestiniens est au point mort depuis 2014. Le chef du gouvernement autorise des constructions de colonies en Cisjordanie, illégales selon le droit international, et maintient un blocus économique sur Gaza. De l’autre côté, l’impossible réconciliation entre les deux principales factions palestiniennes, le Hamas à Gaza et le Fatah à Ramallah, ne permet pas une opposition politique crédible. Par ailleurs, l’échec de compromis et les multiples guerres avec Gaza (Opération « Bordure protectrice » en 2014) continuent de ternir l’image d’Israël à l’international. Pas étonnant que Bibi s’entoure de leaders aux valeurs démocratiques ambiguës comme Viktor Orban, Vladimir Poutine, Donald Trump ou plus récemment Jair Bolsonaro au Brésil, chantres du nationalisme mondial.

La politique intérieure et extérieure de Netanyahou nuit à l’image du judaïsme dans le monde. Comme l’argumentait si bien Jacques Attali, nous avons tendance à mélanger les différents concepts liés à l’antisémitisme et l’antisionisme. Le sionisme se définit par la volonté de créer et maintenir un État d’Israël pour les Juifs dans le monde. Être sioniste ne signifie pas être anti-palestinien. Une courte majorité d’Israéliens et de Palestiniens sont d’ailleurs favorables à une solution à deux États. L’antisionisme signifie, par opposition, ceux qui s’opposent à l’État d’Israël. L’antisémitisme désigne la haine du peuple juif et la critique de l’existence d’Israël est souvent une manière détournée de propagande antisémite. Néanmoins, comme le dit l’auteur, « aucun nom ne désigne ceux qui s’opposent à la politique de l’actuel gouvernement israélien, sans pour autant remettre en cause l’existence de l’Etat d’Israël et encore moins être antisémites. » Attali se propose de les appeler les « anti-bibistes », ceux qui s’opposent à Netanyahou en soutenant l’existence de l’État d’Israël. Le « bibisme » serait un obstacle aux gens de bonne volonté désireux de créer deux états en paix et prospères.

Le mur, séparant Israël de la Cisjordanie
https://www.jforum.fr/la-seule-solution-un-mur-entre-israel-et-les-palestiniens.html

Mais tout ne va pas si bien pour le chef du Likoud. En décembre dernier, Avigdor Lieberman, chef du parti nationaliste Israel Beytenou, et ministre de la Défense, démissionne. Il accuse le premier ministre de ne pas être assez ferme avec le Hamas. Bibi ne tient désormais sa majorité parlementaire à la Knesset qu’à une voix. Néanmoins, ses casseroles judiciaires le rattrapent et son calendrier judiciaire s’accélère. De quoi l’accuse-t-on ? Trois enquêtes policières dirigés par le respecté procureur-général Manderblit l’accusent de corruption pour des cadeaux acceptés avec sa femme et l’attribution de marchés à des entreprises gérées par des amis.

Plus de temps à perdre ; cerné par la justice, Bibi appelle à des élections législatives anticipées en avril 2019 et joue sa survie politique et comme un référendum contre ou pour sa personne. Si les Israéliens portent de nouveau Netanyahou au pouvoir, la crédibilité des Juifs dans le monde sera de nouveau écornée. Réponse le 9 avril au soir.

Sources

Nétanyahou sauve pour l’heure son gouvernement, Le Monde

Benjamin Netanyahou, le parrain israélien, Médiapart

Otages à Entebbe, José Padilha

Jacques Attali, Anti-tout, et n’importe quoi, Linkedln

Cerné par la justice, Nétanyahou prend les Israéliens à témoin à trois mois des élections, Courrier international