Interview d’Esclarmonde Monteil : Directrice générale et scientifique du Musée des Tissus à Lyon

Interview d’Esclarmonde Monteil : Directrice générale et scientifique du Musée des Tissus à Lyon

Le domaine de la culture est un univers qui fascine. Intriguant pour une petite fille qui a littéralement grandi dans les musées, français d’abord, Le Louvre bien évidemment, puis du monde entier. emlyon lui a permis de renouer avec ce passé. Après avoir obtenu son diplôme avec une majeure en finance et en commerce international, puis conseillée par un alumni évoluant alors dans le mécénat artistique et culturel, la voilà parée de son « parachute dorée » pour tenter l’aventure : travailler dans le secteur culturel. Pour parfaire son profil avec un bagage artistique qui lui manquait et qui lui permettrait de légitimer définitivement sa position dans le secteur, Esclarmonde Monteil est entrée à l’école du Louvre. Aujourd’hui, directrice du Musée des Tissus de Lyon, elle nous raconte son parcours et nous ouvre les portes des secrets des musées.

Bonjour Madame Monteil, pourriez-vous commencer par vous présenter brièvement ? 

Bonjour, je suis actuellement directrice générale et scientifique du musée des Tissus à Lyon. Ce poste est en réalité un retour à Lyon puisque j’avais déjà habité cette ville dans les années 90 lors de mes études à ce qui s’appelait encore à l’époque l’École supérieure de commerce de Lyon. J’ai eu un parcours assez classique : obtention d’un baccalauréat série C, passage dans une classe préparatoire puis admission à emlyon business school où j’ai eu la chance de pouvoir faire une année à l’étranger que j’ai décidée de réaliser en Écosse. J’ai pu choisir une matière qui m’avait toujours attirée mais qui n’était pas forcément mise en valeur dans une scolarité dite “normale” : l’histoire de l’art. Je dirais même que nous étions découragés à nous orienter vers ces matières sous prétexte qu’il n’y aurait pas, ou très peu, d’opportunités d’embauche à la clé. 

[Petit apparté construit avec les propos d’Esclarmonde Monteil qui vous remet dans le bon contexte] Lorsque l’on parle de Lyon, ville de soie, il faut bien évidemment penser au Musée des Tissus. Mais qu’est-ce que c’est ? 

Estimée à près de 2 millions d’items, le Musée des Tissus a probablement la plus grande collection de textile au monde avec ses centaines de mètres linéaires de tissus, ses albums d’échantillons, ses nombreux costumes et accessoires de costume. Sa pièce textile la plus vieille, une tunique égyptienne plissée, a plus de 4500 ans ! Cette collection s’est constituée au fil du temps avec des acquisitions et des dons faits par les soyeux lyonnais tout en complétant la bibliothèque du musée construit dès ses débuts et regorgeant de dizaine de milliers d’ouvrages. Cette documentation attire les chercheurs qui peuvent venir et disposer, en parallèle de la documentation du centre, de l’objet textile associé ; ce qui est assez rare ! Son histoire commence au XIXème siècle, époque où la soierie lyonnaise est dominante dans le monde comme peuvent en témoigner ses bureaux à Paris, à Londres ou même à New York ! Parallèlement, les expositions universelles ont montré aux Lyonnais que la concurrence était devenue internationale. Pour conserver leur hégémonie, il fallait à tout prix développer leur capacité d’innovation artistique – ce sont les dessins, les motifs des tissus qui leur avaient valu cette renommée. Cet élan a vu naître l’idée de construire un musée qui recenserait toutes les inspirations du monde dans les tissus et dans l’industrie pour servir de “réceptacle” de créativité”. Ce projet voit le jour avec Natalis Rondot en 1850 qui souhaitait faire du musée un musée encyclopédiques de toutes les industries, d’où le premier nom de Musée d’art et d’industrie. Par souci de place, ils se sont recentrés sur le tissu, le musée devenait alors le Musée des Tissus. [fin de l’apparté !] 

Vous vous êtes spécialisée dans la finance lors de votre passage à emlyon, après quoi votre parcours prend une toute autre tournure : École du Louvre (avec une formation sur l’art d’Asie du Sud-est) puis Institut national du patrimoine. Vous aviez même suivi une formation en Histoire de l’art une année avant votre entrée à emlyon. Qu’est-ce qui explique un tel changement ou devrais-je parler d’un retour aux sources ?

Depuis toute jeune, je n’ai cessé d’arpenter les musées. J’ai des souvenirs de moi toute petite, accompagnée de mon père qui me laissait au Louvre dans la section antiquités égyptiennes ou encore des souvenirs de vacances où nous organisions toujours une sortie pour aller visiter soit un monument historique soit un musée. Le domaine de l’art m’attire depuis toujours et cela a été l’occasion de m’en approcher davantage en sachant que j’avais un “parachute doré”, que si je ne trouvais pas de poste intéressant dans ce domaine-là, je pourrais toujours rebondir avec mon diplôme de finances et de commerce international. 

Vers la fin de mes études à emlyon, j’ai rencontré un ancien de l’école, il était alors responsable d’une organisation qui regroupait les activités de mécénat dans la culture et m’a fait comprendre que mon parcours actuel n’était pas suffisant pour m’orienter dans le domaine du mécénat. Pour y entrer, il fallait y avoir travaillé des années ; ce qui intéresse les personnes du milieu c’est le fameux carnet d’adresses. Cette rencontre couplée à mon année passée à l’université de Saint-Andrews m’a confortée dans l’idée que je voulais tout de même tenter de travailler dans le domaine de l’art. C’est la raison pour laquelle j’ai repris mes études en m’inscrivant à l’école du Louvre afin de me spécialiser dans ce domaine. J’ai en parallèle tenté de passer le concours de conservateur, une première fois en ne travaillant pas spécialement les matières au concours, simplement pour voir où je me situais par rapport à l’admissibilité. Dans les faits, en France le monde de l’art et des musées est assez particulier. Si nous voulons vraiment travailler dans un musée, la voie royale reste la fonction publique et ses concours. 

Pour en revenir justement à votre poste actuel, qu’est-ce qu’une journée type pour une directrice conservatrice ? 

Cela dépend de la taille de l’institution dans laquelle nous évoluons. Dans un musée de plus petite taille, nous sommes “chef d’orchestre”, c’est-à-dire qu’il faut à peu près tout faire depuis le scientifique, à la finance, à absolument tout. Dans une institution plus grande, comme le Musée des Tissus, par rapport au projet sur lequel j’étais précédemment positionnée, nous nous transformons en une sorte de super VRP (ndlr. : sigle pour Vendeur, Représentant et Placier) puisque notre fonction la plus visible est de représenter le musée, d’expliquer son intérêt et ses évolutions à tous types de publics, que ce soient les élus, les partenaires, les mécènes ou les collaborateurs. Souvent, nous impulsons des orientations au sein de l’établissement avec un outil que nous appelons dans le milieu des musées le PSC, le programme scientifique et culturel, qui se rapproche d’une politique générale d’entreprise. Le PSC précise d’où vient le musée, l’histoire de l’institution, ses atouts, ses forces et ses faiblesses, et nous essayons par la suite de déterminer une orientation vers laquelle nous souhaitons nous projeter avec le musée. Nous montons également des expositions et nous essayons de mieux connaître la collection. Il n’y a pas vraiment de journée type. Lorsque nous avons un gros projet comme celui dans lequel nous sommes actuellement – un immense chantier de rénovation du musée – il y a souvent des urgences. 

Nous gérons la partie « collections » qui est le cœur du musée ; il faut la préserver, la connaître pour en parler et l’enrichir en l’étudiant. Nous sommes également sur le volet diffusion, ce qui revient à mettre en valeur toutes ces œuvres et les faire connaître du public lors d’expositions en interne, lors de prêts à des expositions extérieures ou lorsque nous accueillons des chercheurs au sein du musée.  

Diriez-vous que votre formation en finance vous est utile dans l’exercice de votre poste aujourd’hui ? Qu’est-ce que vous a apporté la formation à emlyon business school pour la suite de votre carrière dans la conservation et la gestion de patrimoine ?

Je n’ai jamais regretté d’avoir été à emlyon. Dans les trois postes que j’ai eus jusqu’à présent, c’est vraiment ce qui a fait la différence. Si les élus m’ont choisie à ces postes c’est parce qu’ils ont estimé que grâce à ma formation emlyon j’avais une expertise et que j’étais capable de comprendre ce qu’est un budget, un plan de financement et de mieux gérer une équipe comparativement à un candidat qui n’aurait fait que les études d’histoire de l’art ou uniquement une formation de conservateur. Cette formation et cette connaissance des rouages de l’entreprise ont fait pencher la balance de mon côté. Il faut bien comprendre que nous sommes loin de vivre dans un monde idéal où les musées seraient correctement financés et où nous pourrions développer tous les projets que nous voudrions. En réalité, nous sommes constamment en train de négocier et d’essayer de faire de la pédagogie sur nos missions. Nous tentons d’obtenir des financements tant publics que privés, via du mécénat ou d’autres ressources propres. 

Les établissements culturels sont de plus en plus nombreux à vouloir disposer de ressources propres. Nous le voyons avec Le Louvre par exemple qui développe progressivement ses produits dérivés et s’associe avec Uniqlo et d’autres entreprises. Il faut arriver à diffuser nos offres par ce médium-là, sans perdre l’âme du musée. Certes, notre marque muséale est un atout, mais la question est de savoir comment la faire vivre et bien la définir pour que les œuvres que nous possédons, qui sont déjà porteuses d’une idée, puissent s’incarner dans un produit dérivé afin de mettre, à la fois l’œuvre originale et le produit dérivé, en valeur. 

Nous développons actuellement toute une réflexion autour de l’image de marque du musée, mais ce n’est pas évident parce que ce qui nous manque le plus souvent, c’est l’expertise juridique. En France, nous sommes encore loin de ce qui se fait aux Etats-Unis en matière de droit de la propriété intellectuelle. Certains musées américains, notamment le Metropolitan museum, ont mis en ligne pour les objets qui ont dépassé un certain âge, une base d’images libres de droits également à usage commercial. De notre côté la question se pose : que faire lorsqu’un tissu a 200 ans et qu’une entreprise vient nous voir avec une proposition intéressante ? Comment pouvons-nous lui garantir l’exclusivité c’est-à-dire que personne ne pourra trouver le même motif en image libre de droit sur Internet ? La vraie question est de savoir ce que nous, en tant que musée, nous valorisons. Est-ce le fait de posséder le visuel de l’objet ou est-ce toute la connaissance scientifique et notre expertise que nous proposerons aux partenaires ?

[Début de l’aparté – définition] Le terme “scientifique” a été employé à plusieurs reprises par Esclarmonde Monteil pour évoquer une des dimensions des métiers du secteur muséal directement liée aux collections. Cette dimension consiste à connaître “scientifiquement” chaque œuvre d’une collection avant de la déplacer, de l’exposer ou de la manipuler d’une quelconque manière. Pour ce qui est des textiles qui sont l’objet central du Musée, une personne est chargée d’en faire l’analyse technique i.e. de les étudier fil par fil pour reconstituer sa fiche technique : origine, matière, etc. ; tandis qu’une autre personne va se charger de leur étude socio-historique : époque, conditions sociales, artistiques et économiques. A la fin, les œuvres atterrissent dans l’atelier de restauration. L’équipe de restauration va alors se charger d’étudier l’état de conservation des objets et constituer une fiche technique avec des recommandations en matière de restauration, de préservation et autres modalités (déplacement, exposition lumineuse etc.). Le Musée des Tissus est équipé d’un centre de documentation qui actualise constamment ses contenus. Chaque objet de la collection possède ce qu’ils appellent un “dossier d’œuvre” qui raconte son histoire depuis sa création à aujourd’hui.  Tout ce travail permet de connaître une œuvre et d’apporter de la connaissant au public en dépassant la simple expectative. 

Quand nous n’avons pas toute cette connaissance, nous ne pouvons pas proposer de projets qui fassent sens et qui soient intéressants et plaisants pour le public.”  [fin de l’aparté !] 

Pourriez-vous nous donner un exemple de projets que vous avez pris plaisir à mener ? Un projet plus difficile à mener ?

Les projets sont généralement similaires dans leur structure ; les plus difficiles d’entre eux s’avèrent être les plus satisfaisants lorsqu’ils aboutissent. La difficulté reflète notre exigence, qu’elle porte sur la qualité ou sur la recherche scientifique. Ce qui m’intéresse c’est la conduite de projet. Pour mon premier poste, j’ai été au musée archéologique de l’Oise qui était complètement délaissé ; les collections avaient été entreposées dans un grenier et les œuvres qui la composaient avaient été assemblées à la hâte par une association. Le site de fouille avait, lui, été laissé à l’abandon depuis 20 ans. Parallèlement, la collectivité territoriale – qui avait fait l’objet d’une fusion de deux cantons – avait la volonté de faire de ce musée un référent identitaire. Quand je suis arrivée sur les lieux, les parties prenantes avaient des opinions divergentes sur le projet : c’était soit le musée, soit la piscine. Finalement, le projet de musée a abouti, la piscine aussi ! Pour le Musée des Tissus, c’est un peu pareil. Dans les faits, beaucoup de personnes, récemment encore, ne croyaient pas à sa renaissance. Ces deux dernières années ont été compliquées. Quand je suis arrivée, le Musée était encore complètement à la CCI (ndlr : la Chambre de commerce et d’industrie), les personnels de la CCI ont eu deux mois pour décider s’ils embarquaient dans la nouvelle aventure ou pas. En deux mois nous sommes passés d’une vingtaine de personnes à dix collaborateurs. Il fallait pourtant continuer. Aujourd’hui, c’est la crise sanitaire qui nous tombe dessus, il a fallu convaincre nos politiques de continuer à soutenir ce projet ambitieux. C’était compliqué, mais cela rendait le projet d’autant plus intéressant. Au musée des Tissus, nous avons de solides bases : nous avons une collection ; contrairement au cas du Louvre à Abou Dhabi ou de ce genre de musée créés ex nihilo, qui, après leur construction, pose la question de la suite : quelles œuvres seront exposées ? Quels projets conduire ? Chez nous, ce cœur existe et il est fascinant ! Nous connaissons encore mal ces collections et chaque nouvelle plongée ou replongée dans les réserves nous fait découvrir de nouvelles choses. Il faut désormais donner l’écrin à cette collection. 

Les projets d’exposition sont également intéressants, notamment la manière dont nous les enrichissons au fil des rencontres. Habituellement, ce sont des projets plus simples à réaliser. La période actuelle est différente. Nous allons bientôt sortir un mini-documentaire sur le démontage de l’exposition « Art, mode et subversion » autour de la collection Lee Price et de Vivienne Westwood qui n’a finalement ouvert que deux mois, alors que nous avions mis tant d’énergie pour la monter. Nous étions tous d’accord qu’il fallait à tout prix laisser une trace de ce beau projet, et nous avons pensé au sujet de son démontage, puisque c’est toujours un moment un peu crève-cœur pour les équipes. 

Si vous deviez choisir quelque chose qui vous plaît le plus dans votre fonction, quelle serait-elle ? Et ce qui vous plaît le moins ? 

Ce qui me plaît le plus c’est d’arriver à partager les connaissances, c’est-à-dire transmettre ce que j’ai appris et, savoir qu’en les transmettant, cela génèrera peut-être des vocations ou illuminera simplement la journée d’une personne en lui donnant l’occasion de se réjouir pendant quelques heures ou pendant quelques mois devant des œuvres. Je le vois surtout lorsque nous proposons des activités avec des enfants ou en milieu scolaire, nous sentons bien que nous leur ouvrons un monde de possibles et c’est vraiment important.

Ce qui me plaît le moins c’est de devoir régulièrement expliquer et faire de la pédagogie sur l’importance des musées notamment aux élus, puisque d’une élection à l’autre, les profils changent. Les personnes qui travaillent dans les musées sont souvent perçues comme des ovnis. La plupart des personnes extérieures ne voit que la partie émergente de l’iceberg, souvent en tant que visiteurs, c’est déjà ça ! Mais la partie immergée de l’iceberg, personne ne la connaît réellement. Cela peut être épuisant certaines fois, pourtant il faut le faire car c’est très important ! 

[Petit aparté pour ceux qui s’intéressent à la genèse des expositions :  Selon Esclarmonde Monteil, il existe plusieurs cas de figure qui constituent la première étape du montage d’une exposition : trouver une bonne thématique. Cela peut partir d’une volonté personnelle ou collective de travailler un thème particulier, d’une volonté des élus – Laurent Wauquiez aurait aimé que l’équipe du Musée des Tissus fasse une exposition autour des peintres et du textile en 2021 – et quelques fois, “c’est un alignement de planète”, i.e. des rencontres fortuites ou programmées. Cela a été le cas lorsqu’après de nombreuses péripéties, Lee Price finit par rencontrer Esclarmonde Monteil pour lui présenter sa nouvelle collection : “sa collection m’a tout de suite plu, surtout le regard qu’il portait sur les œuvres : elle ferait parfaitement le lien avec nos collections à la fois de textiles et d’art décoratif au Musée des Tissus ! Dans ces moments-là, on se dit qu’il y a vraiment quelque chose à faire.” Le sujet sélectionné, il faut maintenant trouver une problématique et organiser l’exposition en conséquence. Délimitation d’espace, travail sur le synopsis qui se précise, énumération des objets devant figurer dans le catalogue de l’exposition, planning de A à Z depuis l’évaluation des pièces manquantes devant être déplacées ou empruntées à l’extérieur ainsi que toute la logistique associée au démontage, information des conférenciers pour guider le public, financement du projet. Pour scénographier l’exposition, ils font appel à un scénographe et un graphiste : production d’un catalogue et écriture des textes accompagnant l’exposition à partir d’un cahier des charges qui comprend la liste d’objets et la définition d’une atmosphère globale. “À la toute fin, nous devons avoir une exposition bien installée : une scénographie qui sert le propos et des textes ayant le même objectif, avec idéalement plusieurs niveaux de lecture pour être le plus inclusif possible, et permettre aux différents publics, en termes d’âge mais également en termes de niveaux de connaissance, de comprendre l’exposition. ” [fin de l’aparté] 

Nous arrivons à la fin de l’interview. Dans l’imaginaire collectif, la culture est un secteur compliqué : faible rémunération, faible nombre de postes, difficulté à y entrer. Quels conseils donneriez-vous à un étudiant qui serait attiré ou souhaiterait s’orienter dans ce secteur ?

Il ne faut pas se décourager. Le secteur culturel n’est pas si restreint que ça, tout dépend de ce que l’on vise. Au poste de conservateur, nous ne sommes que 800 – 1000 en France. Nous ne sommes pas très nombreux, certes, mais de plus en plus de métiers sont désormais en lien avec la culture : dans la communication, dans la finance etc. Il faut donc trouver quel est l’angle par lequel vous souhaitez entrer dans ce domaine. Le plus grand conseil serait de vous dire de ne pas vous décourager et d’essayer d’être le meilleur dans votre domaine. Par rapport à ce que je voulais faire, je me suis vite aperçu que si je ne passais pas les concours de la fonction publique, je ne serais pas satisfaite puisque ce qui m’intéressait vraiment, c’était d’être au plus près des objets. Plusieurs voies sont possibles. La culture peut se rapprocher tant de la science, que de la finance, du tourisme ou encore du luxe. De nombreux points d’entrées existent. 

Une dernière question par curiosité, quelle est votre œuvre préférée au Musée des Tissus de Lyon ?

Au cours d’un chantier, alors que nous révisions les collections, nous avons découvert une malle qui n’avait pas été ouverte depuis les années 1920. Nous y avons découvert un tissu, un velours rouge qui doit dater du XVIIème siècle à première vue, et qui porte en décor une tête de mort et des tibias croisés. Nous y avons décelé une inscription religieuse en lien avec le motif. C’est vraiment très intriguant. J’aimerais trouver du temps pour fouiller un peu plus l’histoire de ce tissu oublié dans la malle depuis cent ans et voir d’où vient cette iconographie étrange. Nous avons tout de même remonté la piste. Nous savons qu’il fait partie de l’héritage de Monsieur Gonin, un des fondateurs du Musée des arts décoratifs, qui légua toutes ses œuvres d’art au musée. C’est tout ce que nous savons. Il va falloir creuser ; c’est comme une enquête policière. Cette approche est très récente, pendant longtemps nous nous sommes contentés de rassembler des chefs-d’œuvre sans vraiment raconter toute leur histoire. Pourtant, avec cette histoire, même les objets les plus humbles peuvent devenir très intéressants.

Merci Madame Monteil pour cette interview !


Source visuel photo de couverture : Vue de l’exposition Art, mode et subversion. La collection Lee Price au musée des Tissus. © Lyon, musée des Tissus – Pierre Verrier