Le M

Interview de Adrien Lioure : travailler dans le cinéma après une école de commerce

Par Chloé Monange

Chloé : Pour commencer, peux-tu te présenter s’il te plaît. 

Adrien : Je m’appelle Adrien, j’ai 27 ans. J’ai étudié à emlyon et ai été diplômé il y a 4 ans. Depuis, je travaille essentiellement dans l’industrie du cinéma. J’ai eu un premier poste à Univerciné autrement appelé le Meilleur du cinéma en vente internationale de contenu VOD. C’était de la vente de droits pour des plateformes de Vidéo à la demande ou de plateformes par abonnement comme Netflix ou Amazon. J’ai fait ça pendant un an et demi puis j’ai arrêté en août 2018. Depuis début 2019, je travaille pour une société de production qui s’appelle Aeternam film. C’est une toute petite société, nous sommes trois : deux producteurs et moi qui suis producteur junior. Nous faisons principalement de la production de film, du long métrage et des séries télés. Cela fait un mois et demi que nous travaillons sur du projet de développement cinématographique (ndlr la réalisation du film du pitch initial à la diffusion). Pour l’instant, rien n’est parti en production et le travail se fait surtout avec les scénaristes sur la rédaction de projet. Nous essayons d’avoir des projets assez solides pour les faire entrer en financement et espérer les tourner le plus vite possible sachant que tout cela est un peu remis à plat à cause du covid. À côté de ça, j’écris aussi quelques romans. Je le fais depuis que je suis à emlyon. Je travaille à temps partiel. Je suis vraiment à 50/50 production audiovisuelle et écriture de romans et courts métrages. Quand j’étais à emlyon, j’étais président du BDA (Bureau des Arts).

C. : En quoi ta formation à emlyon t’a-t-elle été utile pour travailler dans le secteur de la culture et de l’écriture ?

A. : Ça, c’est la grande question que tout étudiant se pose ! J’ai fait une école de commerce alors que je savais déjà que je voulais m’orienter vers la production cinématographique. J’y pensais déjà en sortant du lycée et je m’étais renseigné un peu à droite à gauche pour savoir quelle formation a fait tel producteur, quelle formation a fait tel scénariste, etc… Et je me suis rendu compte qu’il n’y avait pas vraiment de parcours clé en main. Je ne voulais pas vraiment m’orienter vers une école de cinéma puisque je ne savais même pas si j’étais réellement attiré par ce secteur. Je n’avais pas envie de m’enfermer. J’étais bon au lycée donc j’ai décidé de faire une prépa puis une école de commerce. Une fois arrivé à emlyon, il n’y avait pas vraiment de parcours qui permette de se spécialiser dans le domaine du cinéma. J’ai donc construit mon parcours autour des expériences professionnelles. Je savais que cela me serait utile et ce, même si je n’avais pas de cours spécialisé en culture. Le cinéma est une industrie “assez fermée” : il faut avoir un premier point d’entrée pour s’y épanouir. Or, le stage est le point d’entrée parfait ! Cela est d’autant plus vrai quand on vient d’une école comme emlyon qui nous permet d’accéder plus facilement à des stages plus prisés.  

C. : Que ce soit dans tes stages où même dans la boîte de prod’ où tu travailles en ce moment, de quelles types de formation venaient majoritairement tes collègues : école de cinéma, école de commerce… ?

A. : Ça dépend. J’ai travaillé dans la  production et la vente internationale et, une chose est sûre : il n’y a pas de modèle. Mes collègues viennent de tous les horizons. Dans la première entreprise dans laquelle j’ai travaillé, Le monde du cinéma, il y avait beaucoup de personnes de Science Po et d’école de commerce. Sans doute, était-ce lié à la culture de l’entreprise. En ce qui concerne la société dans laquelle je travaille actuellement, le producteur principal a fait HEC. Je pense que c’est aussi pour cela que nous nous sommes rencontrés : il m’a fait passer un entretien parce qu’il connaît les écoles de commerce ; il est habitué à ce microcosme. Mais j’ai des collègues de tous les horizons : beaucoup d’étudiants d’école de cinéma mais aussi de biens d’autres formations. Je connais une productrice qui a fait du droit pendant cinq ans et est une ancienne avocate. La formation n’est pas le plus important dans le milieu du cinéma puisque les personnes qui font le choix de s’y orienter le font par passion. Or, cette passion peut arriver très tard : certaines personnes commencent dans le cinéma après des carrières dans des domaines complètements différents.

C. : Pour toi, quels seraient alors les avantages d’une formation type école de commerce pour entrer et réussir dans le secteur audiovisuel ? 

A. : L’avantage d’une école de commerce pour travailler dans la production est le fait d’avoir étudié tout ce qui est relatif à la gestion de projet. En effet, être producteur, c’est gérer des projets et faire en sorte qu’ils soient financés. L’aspect gestion de projet est un cas particulier lié au métier de producteur. Dans tous les cas, il faut quelque chose de plus pour vraiment réussir. La différence avec le reste des industries culturelles est qu’il y a deux manières d’appréhender le monde du cinéma : le côté business et le côté passion. Pour réussir dans le premier, il faut avoir une intelligence business que l’on apprend en école de commerce. Il s’agit de savoir gérer un budget, lister les besoins, gérer les risques. En effet, l’industrie culturelle est avant tout une industrie du risque, risque avec lequel nous jouons constamment : au moment de faire un film nous n’avons absolument aucune idée de ce qui va fonctionner, de l’audience, du succès artistique… L’autre manière d’appréhender le métier, c’est le côté passion. Et ça, on ne l’apprend pas vraiment en école de commerce ! Cela dit, à emlyon, beaucoup d’éléments m’ont fait grandir dans le sens de la passion : une association comme le BDA, les voyages, etc… Cela m’a permis d’ouvrir mon esprit sur les différentes cultures, de construire un point de vue et de savoir ce sur quoi je voulais travailler, quels types de film, quels types de projet… 

C. : Voilà deux fois que tu évoques le BDA dont tu étais le président en 2014. Cette expérience associative tournée vers le monde de l’art a-t-elle été utile pour entrer dans la profession ou pour la profession en elle même ?

A. :  Je ne sais pas si le BDA m’a aidé à entrer dans la profession en tout cas, comme je n’avais aucune autre expérience, l’association m’a donné du grain à moudre pour les entretiens de mes premiers stages. Cette expérience associative m’a aussi servie, par la suite, dans la profession. Par exemple, chaque année je rencontre un des membres du jury du CLAC 2014 dans les festivals. J’ai vu le BDA comme un champ d’expérimentation, un moyen de mettre un premier pied dans le milieu de l’art, le tout dans un cadre sympathique et amusant : travailler avec des amis et avoir une grande liberté dans les projets. Ce n’était pas une expérience professionnelle. C’était la passion qui primait, et ça c’est génial ! Cependant, je ne pense pas qu’il soit essentiel d’avoir été membre du BDA pour se lancer dans la culture. Ce dernier, permet de travailler une première fois sur des petits évènements culturels, de voir comment le public réagit, de discuter avec d’autres passionnées d’art, de former des liens. Je suis en contact avec de nombreuses personnes qui étaient aux BDA dans les mandats antérieurs et je les retrouve souvent lors des festivals ou dans mon travail. Même si nous ne nous connaissons pas, comme nous avons tous été à emlyon, nous avons tous, à un moment ou un autre, eu un lien avec le BDA. Cela facilite le premier contact, c’est toujours sympa. L’année dernière, par exemple, au festival de Cannes, nous avons fait un dîner d’anciens emlyens travaillant dans l’industrie du cinéma : nous étions 90% à avoir été membre du BDA. Aussi, avoir été membre du BDA est un point fort : c’est un premier point commun qui facilite l’approche de personnes que tu ne connais pas. 

C. : Le BDA devient donc, pour vous, un premier sujet de discussion ?

A. : Quelque chose de quoi parler, oui, mais aussi une connexion : nous sommes passés par les mêmes choses, c’est marrant de voir les chemins que les uns et les autres ont pris. Ensuite, il y a une certaine entraide : le fait d’être alumni d’emlyon m’a permis de me tourner plus facilement vers d’autres alumni comme Sébastien Aubert qui a créé une société de production à Cannes. Il a des projets de long métrage assez impressionnants. Je l’avais appelé pour la première fois quand j’avais fait mon mémoire sur l’industrie du cinéma et il avait été très sympathique avec moi. Ces contacts sont importants dans des industries difficiles comme celle de la culture (audiovisuel, édition, …). Il y a peu d’argent et peu d’élus donc c’est toujours sympa d’avoir un point d’appui.

C. : Justement, le secteur audiovisuel est souvent qualifié d’étriqué et assez difficile à pénétrer, que conseillerais-tu aux étudiants qui souhaitent travailler dans le cinéma ?

A. : Il n’y a pas vraiment 30 000 solutions : il faut faire des stages, profiter des trois stages qu’on peut faire à emlyon : stage de première année à l’étranger, de césure et de fin d’étude pour construire une expérience et se créer un réseau. Il faut s’accrocher ! En effet, ces stages sont souvent, comme dans tous les milieux, assez ingrats et les rémunérations ne sont pas dingues. Il ne faut pas renoncer ni se limiter mais se dire que ça paye avec le temps. Au-delà des tâches, il faut aussi être curieux : vous voulez travailler dans le cinéma ? Allez au cinéma. Personnellement, j’ai toujours un peu joué entre l’artistique et le commercial. Quand j’étais à emlyon, je voulais entrer dans la production mais je commençais aussi à écrire des romans. Je n’en parlais pas beaucoup et ne savais pas trop ce que je voulais faire. Aujourd’hui, j’hésite toujours : je continue à écrire, je travaille à côté. Il ne faut pas faire les choses à moitié : si un étudiant en école de commerce après quelques stages se rend compte qu’il ne veut pas être producteur mais réalisateur, qu’il prenne du temps pour réaliser ses trucs à côté. Vous devez prendre ce genre d’initiative ! À nouveau, c’est à travailler au cas par cas, cela dépend des personnes, mais disons que les stages sont essentiels, même s’il ne faut pas se limiter à ça. N’ayez pas peur de vous amuser : si vous voulez écrire des scénarios, faites le même si vous avez l’impression d’être ridicule. Cela  crée une expérience et c’est toujours utile !

C. : Tu m’as dit avoir déjà écrit un livre. Selon toi, qu’est ce que ta formation à emlyon t’a apporté dans l’éditorial ?

A. : Ce n’est pas la formation en tant que telle  mais plutôt l’ambiance qui m’a apporté quelque chose. À l’époque, nous avions une équipe chouette et soudée. Tout le monde était motivé et chacun se lançait dans des projets liés à sa passion : moi, c’était un livre. Je pense que si je n’avais pas été à emlyon à ce moment-là ; si je n’avais pas été obligé d’aller à l’étranger faire un stage et un échange, de voir d’autres choses ailleurs, d’avoir du temps pour moi, je n’aurais jamais écrit. J’ai profité de cette expérience. Ce qui m’a le plus apporté c’est donc la dynamique au sein de la promo qui fait qu’on nous oblige à être toujours en mouvement, à toujours devoir nous adapter. C’est surtout ça qui m’a fait faire le premier pas. Après, au niveau de la formation, c’est pratique d’être un peu commercial quand je dois vendre mon projet à un éditeur, mais ce n’est pas le coeur de mon emploi.

C. : As- tu l’impression que la crise actuelle liée au coronavirus a un impact sur le secteur audiovisuel et si oui, lequel ?

A. : Cette crise a un impact important, cela dit c’est difficile de te répondre parce que je ne m’y connais pas assez. En ce moment, pour nous, tous les tournages ont été annulés, les cinémas sont fermés. Il faut savoir qu’en France, l’industrie du cinéma est très aidée par le CNC (ndlr. Centre National du Cinéma) mais leur aide est en vase clos : c’est l’argent que les français dépensent dans le cinéma qui l’alimente. Aussi, quand les cinéma sont fermés, l’argent ne circule plus et toute la filière est bloquée. Le fait que les cinémas restent fermés jusqu’à l’été est catastrophique ! Le cinéma est aussi une industrie très sociale : un tournage implique des centaines de personnes qui vivent très proches les unes des autres pendant des semaines. C’est pourquoi, on a du mal à voir comment la situation va se débloquer pour nous. La crise du coronavirus va faire très mal au cinéma français ! En ce moment, tous les jours, des réunions ont lieu entre les syndicats, le CNC et l’État pour essayer d’envisager l’avenir. Pour l’instant, tout est à l’arrêt et c’est inquiétant. Nous essayons de profiter de ce moment un peu étrange pour avancer sur l’écriture de nos projets. Pour l’édition, je finis un nouveau projet de roman mais les maisons d’édition ont suspendu leurs activités en attendant la réouverture des librairies.

C. : Ton conseil aux étudiants d’emlyon était de baser leur parcours pour entrer dans l’audiovisuel sur les stages. Cela dit, il est déjà difficile, habituellement, de trouver un stage dans ce secteur mais le coronavirus a encore accentué cette difficulté. Du moins, c’est l’impression de beaucoup d’étudiants qui pensent ne jamais être pris en stage parce que « je n’ai pas de contact, je n’ai pas de réseau », etc… As-tu des conseils pour trouver un stage dans l’audiovisuel ?

A. : Trouver son premier stage est très compliqué. Des sites existent mais je pense que les étudiants les connaissent tous : profil culture, médiajob.com. Ce sont des plateformes où il y a beaucoup de propositions de stage mais aussi beaucoup de personnes qui postulent. Cela dit, il ne faut pas désespérer si on n’a pas de retour. Mon seul conseil est de toujours essayer de rester en contact avec les personnes qui nous ont fait passer des entretiens, même si ça n’a pas abouti. N’ayez pas peur de garder dans votre répertoire, le numéro de téléphone ou l’adresse mail du recruteur que vous aviez rencontré et n’hésitez pas à envoyer un mail deux semaines plus tard pour savoir si la personne a des informations sur d’autres stages ailleurs, etc…

C. : Pourrais-tu nous parler plus en détail de ton métier, quelle est la « journée type » d’un assistant de production ?

A. : Il est compliqué de définir une journée type. D’abord, vous devez savoir que le métier peut très vite être une désillusion totale pour ceux qui s’y engagent sans réelle motivation. Le travail est très administratif. Comme je le disais : le cinéma est une industrie financée en vase clos par le CNC et l’Etat et cela implique des contrôles assez importants et de longues procédures. Aussi, quand on est assistant de production, poste le plus souvent occupé par les stagiaires ou juniors, les tâches se limitent souvent à la de rédaction de dossiers de financement et dossiers légaux ainsi qu’à la rédaction de contrats et de documents institutionnels du cinéma. Ces tâches représentent le gros du métier et occupent 70% d’une journée. Ensuite, il y a tout une partie plus artistique avec les rédactions en cours, où l’on est en lien avec les scénaristes sur les évolutions de projet. On passe du synopsis au traitement à la continuité dialoguée. Cela dit, dans ma société, nous faisons plutôt du développement, aussi je n’ai pas de tournage à proprement parler. Une fois ces premières étapes passées, les tournages partent et commence une partie très importante : la direction de production – qu’on appelle direction de tournage. À ce moment-là, 100% de la journée est dédiée à cette direction. Cela implique de gérer  les domaines administratif, financier et légal. Enfin, 10% du temps est consacré à découvrir de nouveaux auteurs, aller au cinéma, voir de nouveaux films, suivre de nouveaux réalisateurs… Ce dernier élément est le plus difficile puisqu’ils n’est pas vraiment prévu dans la journée. C’est pourquoi quand je dis 10%, c’est 10% de temps de travail, soit quelque chose qu’il faut faire un peu constamment : suivre l’actualité, aller aux festivals, rencontrer de jeunes scénaristes et réalisateurs, les suivre et pourquoi pas lancer un projet. Ce que j’essaie de transmettre c’est que lorsque j’étais stagiaire, par moment, je me demandais vraiment ce que je faisais là, je faisais des tâches à des années-lumières de ce dont j’avais rêvé et de l’idée que je me faisais du travail en prod’ ou même en vente. Le stagiaire n’est pas sur un plateau de tournage à côté du réalisateur ; il  ne travaille pas des plans ; n’écrit pas avec un scénariste. Non ! Le stagiaire à des tâches beaucoup plus administratives moins attractives, peut être, mais essentielles : elles permettent de faire tourner le fond de commerce et permettent aux projets de décoller. Sans ce côté très procédurier, il est impossible de sélectionner et de gérer les projets les plus méritants qui méritent de décoller et d’exister. Si vous êtes actuellement en stage dans le cinéma et que vous avez le sentiment de vous tourner les pouces ou que vous vous demandez ce que vous faîtes là, il faut que vous preniez conscience du fait que, sans vous, rien ne se fait ! Le stage administratif est un passage essentiel pour apprendre à travailler dans cette industrie.

C. : De la même façon, pourrais-tu nous décrire la « journée type » d’un chargé de trading VOD international chez Univerciné ?

A. : Ma mission consistait à acheter un catalogue de films sur les droits vidéos à la demande, en d’autres termes les droits lorsque quelqu’un loue en ligne un film sur une plateforme. Ces droits ne sont pas des droits au cinéma mais vraiment une partie spécifique de la chaîne de valeur. Je devais placer ces droits et les faire vivre sur différentes plateformes de vidéo à la demande, comme Netflix par exemple. La vente des droits est une superbe opportunité pour les distributeurs et les producteurs de faire vivre leurs films ailleurs qu’en cinéma ou à la télévision. Cela dit, il est très difficile de faire vivre un film sur ces plateformes car leur offre est exponentielle, comme tu dois t’en rendre compte sur Netflix, etc… Aussi, seuls les gros films et les blockbusters réussissent à tirer leur épingle du jeu. Nous sommes vraiment sur le 80/20 classique : 20% des films captent 80% du marché. Mon rôle est de placer des films, principalement indépendants, à l’international et de négocier le fait de mettre en avant ces films-là avec Apple et d’autres plateformes. Cela allait de films de répertoire, comme ceux de Rosellini, à des films contemporains mais peu vus, sortis en salle sur quelques territoires et restés à l’affiche seulement deux semaines. Je m’occupais de faire en sorte que nous ayons des sous-titres. J’essayais de viser le territoire sur lequel le film pouvait potentiellement se vendre et y organisais des sortes de sorties exclusives en vidéo à la demande. C’est quelque chose que l’entreprise essayait de développer à cette époque-là et que peu de distributeurs font car c’est très chronophage. Univerciné a essayé de se placer sur ce créneau de niche pendant un an et demi, la période où j’étais en poste, mais c’était très compliqué : nous n’avions pas du tout les retours escomptés aussi l’activité internationale de vente s’est arrêtée peu après mon départ.

C. : Selon toi, quelles sont les qualités et les compétences essentielles qu’un étudiant doit développer pour être assistant de production dans le cinéma audiovisuel ?

A. : Je dirais que la première qualité est d’être vraiment curieux :  aller au ciné, lire beaucoup, pouvoir discuter à propos de sa passion. En effet, le contact est, à nouveau, essentiel dans l’industrie du cinéma audiovisuel aussi un étudiant qui s’y engage sera amené à travailler avec des réalisateurs, des producteurs, des scénaristes… Il faut aussi une certaine culture et je ne dis pas qu’il « faut avoir tout vu, tous les classiques » puisque moi-même, je ne l’ai absolument pas fait. Soyez curieux et qu’on sente que vous êtes passionés ! Par exemple, si vous êtes passionné par les films de science-fiction des années 1970 vous devez pouvoir convaincre n’importe qui que ces films sont absolument géniaux ! Curieux donc mais aussi patient et persévérant parce que c’est difficile : il n’y a pas beaucoup de place, les tâches peuvent être ingrates au début… Mais il faut continuer à travailler : le travail paye toujours ! À long-terme, pour être un grand producteur, il faut avoir du flair et savoir s’entourer des bonnes personnes. En effet, un film est un projet d’équipe et c’est l’équipe que tu arriveras à constituer autour d’un projet qui en fera, ou pas, un chef-d’oeuvre. Aussi un bon producteur réussit à comprendre les personnes qui l’entourent et à régler les conflits entre différents membres d’une équipe rapidement. A mon sens, dans la culture, « la technique » nécessaire au métier – connaître les ficelles du CNC et de l’administration – n’est pas compliqué à assimiler. En tout cas, tous les étudiants d’emlyon sont capables de l’apprendre. Le plus compliqué est cette culture de la relation et du social dans le travail qu’il faut construire et entretenir au fil des années. Je suis toujours impressionné de voir comment réagissent les producteurs avec lesquels je travaille face aux crises que nous traversons. Par crise je ne fais pas allusion à la crise du covid mais aux différentes crises sociales qui touchent les personnes de l’équipes. Nous parlions, tout à l’heure, de formation : ce que je détestais le plus à emlyon, c’était les travaux de groupe mais, finalement, un film est un énorme travail de groupe qui dure sept ans. Bref, un enfer ! 

C. : Merci beaucoup pour tes réponses. Voudrais-tu ajouter quelque chose ?

A. : Profitez de vos années à emlyon. Vous avez du temps devant-vous ! Profitez de la dynamique de l’école et ne vous concentrez pas uniquement sur les cours et la formation stricto sensus. Dans une école de commerce, la formation ne représente que 30% des apports alors profitez de tout le reste, de toute cette dynamique, de tous ces gens qui viennent d’un peu partout. N’hésitez pas à vous lancer dans des projets personnels durant ces années : on ne sait jamais ce que cela donnera plus tard !