Entrepreneuriat – La fondation émergence, les DG lyonnais qui accompagnent des entrepreneurs sociaux

Entrepreneuriat – La fondation émergence, les DG lyonnais qui accompagnent des entrepreneurs sociaux

La fondation émergence est un collectif de chefs d’entreprises de la région lyonnaise qui, ensemble, accompagnent des entrepreneurs sociaux dans l’accélération de leur projets. L’accompagnement se fait sur la posture, la stratégie, le développement d’entreprises ou d’associations porteuses d’une innovation sociale.

Qui sont les entreprises engagées dans la fondation ?

Il y a des grandes entreprises (La Banque Populaire, Groupama, …), des entreprises familiales (Aldes), des PME (Jour de printemps), mais aussi des petits cabinets de consulting qui font partie de la fondation au même titre que les.

Comment s’est constituée cette fondation ?

Historiquement c’est Jean Brunet-Lecomte qui était président de la Banque Populaire Loire et Lyonnais, ainsi que Bruno Lacroix et un petit groupe d’entrepreneurs locaux assez implantés sur la région qui ont souhaités vraiment donner corps à des projets d’entreprenariat social créés par des jeunes entrepreneurs. Ils se sont constitués en un collectif et ont agrégé autour d’eux d’autres entreprises qui souhaitaient se positionner sur ce secteur de l’innovation sociale. L’objectif ? Faire sens, nourrir leurs entreprises classiques et apporter leurs compétences à des entrepreneurs sociaux qui ont besoin de monter en compétence sur des parties entrepreneuriales qu’ils connaissent un peu moins.

Sur quels domaines les porteurs de projets recherchent-ils du soutien ?

Se challenger dans leur posture de chef d’entreprise et leurs réflexions stratégiques. Nous avons également beaucoup de demandes concernant le marketing et la communication. Un autre sujet important est celui du modèle économique. C’est une vraie question dans l’entreprenariat social . Comment trouver un modèle économique différent mais qui fais sens tout en permettant de construire une entreprise sur le long terme ? Durer dans le temps est important, c’est la raison pour laquelle notre fondation accompagne les projets sur 3 ans.

Combien de projets accompagnez-vous ?

Aujourd’hui une quinzaine, avec pour objectif d’atteindre une trentaine d’ici 5 ans.

Est-ce que vous pouvez nous donner des exemples de ces projets ?  

Le premier est un exemple associatif, Les Petites Cantines : des cantines de quartier, en bas de chez vous, pour favoriser la mixité sociale. Vous pouvez venir soit pour cuisiner et manger, soit uniquement pour manger et débarrasser la table, soit faire la vaisselle etc. L’idée c’est de s’asseoir avec des voisins qu’on ne connait pas forcément mais que l’on va découvrir en venant aux Petites Cantines. Le prix est libre et s’ajuste donc au temps que les gens peuvent consacrer à aider. Finalement, c’est de la chaleur, une alimentation durable et locale sous forme associative.

Un autre projet qui est déjà devenu une véritable entreprise : le réseau BOUSOL. C’est une société coopérative d’intérêt collectif qui travaille sur la production de pain pour des collectivités. Elle structure une filière ( du champ de blé jusqu’au client final) apporte du sens tout au long du processus : travailler avec les agriculteurs locaux pour un prix juste, employer des personnes en insertion pour produire le pain, avoir des machines les plus locales possibles, et que les clients puissent profiter d’un pain de qualité dans leur assiette.

Entreprendre aujourd’hui, en particulier dans l’ESS, est-ce un projet fou et irréalisable ?

Dans notre fondation, l’accompagnement par les chefs d’entreprise et tout un réseau contribue à leur réussite des projets, donc le taux de chute est moins important. Il faut aussi savoir que nous agissons pour l’accélération, ce qui signifie que le projet a déjà été maturé et testé via des incubateurs (comme Rhones Alpias ou AlterIncube). Il y a déjà une consistance qui nous permet d’aider à l’accélération et au développement. Oui, il y a des idées folles mais elles sont souvent réalisables grâce à des porteurs impliqués et pragmatiques.

Des grandes entreprises classiques sont donc amenées à « coacher » des start-up sociales. Jusqu’où est ce que le transfert de savoir peut-il rester pertinent, malgré les différences profondes de structures et d’objectifs ?

Même à l’intérieur d’une grande entreprise il peut y avoir des façons de faire très différentes selon les managers ! Ce qui est intéressant c’est qu’ils se nourrissent mutuellement. Le directeur communication d’une grande entreprise que l’on mobilise sur un projet va apporter des savoirs faires et des compétences, mais va aussi enrichir son équipe avec de nouvelles méthodes de travail, des réflexions sur l’innovation sociale à l’intérieur de son entreprise. Il y a vraiment des échanges qui se font et ce n’est pas antinomique. Même si les entreprises paraissent complètement différentes dans leur mode de fonctionnement, elles peuvent être très proches dans la pratique.

Quel est le profil type d’un porteur de projet ?

Il y a une majorité de jeunes, moins de 35 ans, mais le spectre est très large. Ce sont des personnes qui ont vécu quelque chose de personnel, un déclic pour choisir cette voie. A 20 ans comme à 45 ans, c’est ce qui fait la beauté des projets qui viennent à la Fondation. Nous avons une femme qui a vécu un cancer et souhaite aujourd’hui former les employés pour mieux ré intégrer les personnes qui reviennent d’une longue maladie. A côté, un menuisier qui ne sait pas quoi faire de ses chutes de bois et décide de prendre des stagiaires qui puissent utiliser ces matières, les revendre et se payer une formation. Ou encore un petit jeune de vingt ans qui est encore dans ses études et pour qui le handicap d’un proche l’empêche de partir en vacances et décide de trouver des lieux accessibles aux  personnes à mobilités réduites.

Quel parcours vous a conduit à travailler dans la Fondation ?

J’ai fait l’EDHEC à Lille et mon école m’a permis de beaucoup partir à l’étranger et de réfléchir sur d’autres modèles économiques, d’autres modèles financiers pour les entreprises. Intéressée par cette alliance entre la finance, l’entreprenariat, l’économie sociale, j’ai voulu nourrir cette réflexion personnelle par ma vie professionnelle. J’ai fait un peu d’audit à la Caisse Des Dépôts mais toujours en lien avec l’entreprenariat, le fonctionnement d’une entreprise, l’innovation sociale, et l’accompagnement des associations et entreprise de l’ESS. J’ai rapidement bifurqué vers l’associatif, et le financement de ces structures, notamment chez France Activ, avant d’arriver ici.

Après ce parcours, quelle conclusion pouvez-vous tirez sur la viabilité et l’autonomie des entreprises ou association sociales ?

La recherche de la Fondation pour trouver des modèles économiques pouvant intégrer, ou non, des formes de subventions est intéressante. Certains projets vont avoir une économie mixte avec de la subvention de fonctionnement et des recettes générées par leurs activités, d’autres vont se contenter de coup de pouce à l’investissement et seront par la suite autonomes, d’autres encore ne vont pas faire appel à des subventions publiques mais à du mécénat pour leur fonctionnement ou le développement de nouvelles activités et certains comme Handi Voyage parviennent à être entièrement autonomes, sans aide au démarrage.  Ce sont des entreprises qui vont faire des excédents mais ne feront pas de bénéfices comme on peut en voir dans le monde des entreprises classiques évidemment.

Donc c’est encore très diversifié, il y a de tout. Et c’est important d’avoir de garder cette mixité avec des structures qui ont besoin de subvention puisqu’elles font de la délégation de service public finalement, même si c’est sous forme associative et privée. Il existe un besoin de structures sociales et sans rentabilité financière sur leurs activités. Elles apportent de l’égalité, de la mixité et on ne peut pas l’inventer avec un modèle économique classique.

Pour revenir sur les porteurs de projets, quelles serait les qualités qui expliquent leurs réussites ?

J’ai envie de laisser le champ ouvert à tout le monde. Qu’ils puissent tous se dire qu’ils peuvent devenir entrepreneurs demain s’ils ont la bonne idée, la motivation et l’écoute de leur entourage et des conseils.

Quand on a vu Lucas d’HandiVoyage qui est venu nous voir à 19 ans, il ne fallait pas se dire non. Aujourd’hui cela fonctionne bien, il est en plein développement et recrute. Ce serait dommage de fermer des portes à des personnes qui, par leur âge et leur parcours, ne correspondent pas à un CV type de l’entrepreneur.