MISI Togo 2019
L’équipe, les ouvriers et les membres de l’asso locale !

MISI Togo 2019

Curieuse et enthousiaste à l’idée de prendre la respo de cette MISI, Liva a été émerveillée par la pluricité des cultures togolaises. Dans des conditions qui peuvent apparaître rudes (toilettes sèches, lavage au seau à l’eau du puit, etc.), l’ensemble de l’équipe s’est tout de même senti chez elle grâce à l’accueil des locaux, paternalistes. Cassandre, à la recherche d’une telle expérience après une première expérience humanitaire en prépa, a elle aussi été touchée par la générosité des togolais.

Entretien avec Liva, 3A d’emlyon respo de la MISI

Période précédant le départ

Quand t’es venu l’envie de devenir respo de PE ? Pour quelles raisons ? 

Conduire une mission humanitaire de A à Z est une expérience incroyable ! En terme de management et gestion d’équipe, on en apprend énormément, même si ce n’est pas toujours facile de gérer des hommes dans ce contexte. Être respo d’un PE, c’est en tout cas une belle opportunité pour apprendre de soi et  des autres

Un PE c’est un peu comme une mini-asso : en amont, il faut assurer la récolte, gérer la trésorerie, prévoir les inquiétudes des membres et y répondre, et surtout préparer son équipe au choc culturel (ce qui est très difficile quand on a soi-même jamais mis les pieds dans le pays d’accueil). Sur place, c’est bien d’autres responsabilités qui incombent au respo’ : il faut aussi gérer la trésorerie, mais cette fois, dans une autre devise, il faut prévoir le ravitaillement en nourriture et eau potable, préparer le planning du séjour, gérer les relations entre l’asso locale, le village et notre équipe… le tout en étant constamment sollicité par l’asso locale avec laquelle on travaille, car les Togolais fonctionnent comme ça : pour eux, tu es le chef de ta tribu et ils gèrent les choses avec toi.

Heureusement mon équipe a été géniale et incroyablement humaine. Tout le monde a pris ses responsabilités et a bien su s’adapter aux difficultés sans jamais se plaindre ou faire de remarques désobligeantes. La patience a vraiment été le maître-mot du séjour !

Pourquoi avoir choisi cette destination ? À titre personnel, avant ton départ, avais-tu des préjugés, une certaine appréhension de la destination et de ce qui pouvait t’attendre sur place ? 

Initialement, ce qui m’a motivée à choisir le PE Togo, c’était le projet en lui-même, axé sur l’éducation (construire une école) et les besoins primaires des habitants (construire un puits pour l’eau potable), et le fait d’être immergé dans le mode de vie des locaux. 

Avant le départ, je n’avais pas de grande appréhension, au contraire. Les anciens sont revenus avec des étoiles plein les yeux et ont partagé de bons conseils pour bien vivre l’aventure. J’étais donc curieuse et enthousiaste à l’idée de vivre ça ! En revanche, sur place et en pratique, c’était beaucoup plus difficile que prévu, mais c’était une superbe expérience inoubliable… et je recommande vivement à tous les aventuriers de l’em de se lancer dans l’aventure !

 

Sur place

Vous étiez où exactement et quel encadrement avez-vous eu sur place ? 

Nous étions à Fadenyo-Kopé, un village reculé dans la région des Plateaux (au centre-est du Togo). Hormis pour la nourriture et l’eau potable, nous vivions dans les mêmes conditions que les habitants du village (voire même mieux lotis car on avait des lits de camp par rapport à eux qui dorment souvent à même le sol) : on dormait dans les “cases” – les habitations locales – sur nos lits de camp, on se lavait au sceau après avoir été cherchés l’eau au point d’eau le plus proche (s’il avait plu la veille), on faisait nos besoins dans un trou plus ou moins bien caché. Malgré ces conditions qui peuvent sembler difficiles, le village et la chefferie nous ont très bien accueillis et vraiment fait sentir comme chez nous, tout au long du séjour !

Les membres de l’asso locale se sont montrés très paternels par rapport à notre groupe : ils veillaient constamment sur nous, nous accompagnaient partout à chaque déplacement. Les Togolais sont, à leur façon, très soucieux de notre bien-être.

Qu’est-ce que vous avez fait concrètement sur place ? Est-ce que cela différait de ce qui était prévu ? 

Sur place, notre mission était d’avancer un maximum dans la construction de l’école. Durant les deux premières semaines, on allait donc sur le chantier tous les jour : on a fait des parpaings, du crépissage, du bétonnage, et le nivelage du sol des classes. C’était très fatigant car mine de rien, le chantier c’est vraiment physique ! Entre les interminables pelletées de terre pour faire du béton et les aller-retours en brouette chargées de terres ou de ciment, il ne faut pas sous-estimer la force physique (et mentale !) d’un ouvrier sur le chantier.

Journée type : 7h lever et petit-déjeuner (pain type brioche, thé, café), début du chantier à 8h, puis la team cuisine part faire à manger à 11h, on arrête le chantier vers 12h pour la pause déjeuner où on prend le temps de manger, puis digérer en bouquinant ou en jouant avec les enfants. On reprend le chantier vers 14h jusqu’à 17h environ. Revenus au village, nous allons chercher l’eau s’il n’y en a plus, on se lave, généralement avant la tombée de la nuit, puis la team cuisine du soir prépare le dîner. On  avait vraiment un chouette rituel du soir : dîner, loup-garou puis hop, au dodo ! 

Pouviez-vous visiter les environs les weekends ? Que faisiez-vous comme “loisirs” ?

Lors du premier week-end, le groupe a pu visiter le Lac Mono, aux alentours du village. Je n’ai pas pu y être mais le paysage y est sûrement magnifique, comme partout au Togo ! Lors du deuxième week-end, nous avons fait une “vraie” excursion en sortant complètement de la région : on est allés à Kpalimé, la ville la plus touristique du Togo. C’était vraiment chouette, car on a pu faire une pause dans le rythme assez fatigant de notre quotidien au village : on a dormi à l’hôtel ! Le fait de retrouver un confort essentiel nous a vraiment fait du bien : avoir de vraies toilettes, un lit, une douche avec de l’eau claire et courante… tout ça, c’est un confort dont on ne se rend plus compte dans notre quotidien et ça fait du bien d’apprendre à ré-apprécier ça.

Que retiens-tu des personnes sur place, de la culture, de la nourriture, etc. ?

La culture togolaise est, à l’image de celle de l’Afrique, complexe et variée. Au sein même de notre petit village d’une centaine d’habitants, il y avait déjà tant d’ethnies différentes ! Ils ne parlent pas tous la même langue, certains enfants du village ont parfois du mal à s’entendre et communiquer entre eux, et du coup ne sont pas bien intégrés. En général, il y a un représentant de chaque ethnie du village, qui est chargé de traduire et communiquer les informations à sa tribu ou son ethnie.

Au-delà de ça, il y a aussi tout un tas de traditions et croyances différentes en fonction de l’appartenance ethnique. Par exemple, certaines ethnies ont le droit de manger toutes sortes d’animaux, y compris les chiens et les chats. D’autres, n’ont pas le droit. Dans certaines ethnies, ce sont parfois seulement les femmes qui ont le droit de manger certaines viandes… Bref, c’est très compliqué il n’y a pas une seule et unique culture togolaise ! Et puis il y a les Peuls aussi, ce sont les nomades éleveurs de bétail, qui se déplacent de village en village. En général, ils ne sont pas les bienvenus dans ces pays où ils se déplacent. Au village, par exemple, beaucoup d’enfants regardaient les Peuls avec mépris ou les insultaient. 

Mais malgré cette grande diversité, ce que je retiens des Togolais, c’est qu’ils arrivent toujours à se réunir dans la bonne humeur, autour de chants et de danses improvisés ! C’est incroyable à quel point ils arrivent à répandre de la joie à n’importe quel moment de leur vie. Par exemple, même pendant un enterrement, ils chantent et dansent pour honorer le mort. En Afrique, toutes les occasions sont bonnes pour danser et “mettre l’ambiance” comme ils disent !

Question bateau : un souvenir marquant de la période PE ?

Mon souvenir le plus marquant – et pas forcément des plus agréables sur le coup –  a été l’égorgement d’un bouc, que la chefferie du village nous a offert en guise de cadeau d’adieu et de remerciement. Pour eux, nous offrir un bouc, c’est un signe très fort de respect et d’amitiés. C’était une façon de nous remercier et d’émettre leur volonté de renouveler notre partenariat à l’avenir. Après l’avoir égorgé, ils ont recueilli le sang du bouc dans un récipient. J’avais tellement peur qu’ils me demandent de boire le sang du bouc !!

Après la période PE 

Avez vous fait un roadtrip avant ou après la partie PE ?  

On a fait quelques jours d’excursions après la mission. C’était très cool ! J’ai adoré Togoville, le haut-lieu de la religion vaudoue au Togo. C’est un village maritime accessible en pirogue. On a eu une visite guidée très chouette pour découvrir le patrimoine du village. Là-bas, tout le monde se connaît et se salue avec bienveillance !

On se rendait sur les lieux de visite dans un mini-van (puis en pirogue du coup pour accéder à Togoville). Souvent, les trajets prennent des heures et des heures parce qu’au Togo, les routes ne sont pas toujours bien tracées. Mais ça en vaut la peine, car les paysages sont magnifiques !

De manière générale sur ton expérience, que conseillerais-tu à quelqu’un de Soli, des futurs mandats, qui souhaiterait prendre la respo d’un PE ?

À tous ceux qui souhaiteraient prendre la respo d’un PE, je n’ai qu’une chose à dire : “Fonce, tu vas vivre l’expérience la plus marquante de ta vie !”


Entretien avec Cassandre, 3A d’emlyon membre de cette MISI

Période précédant le départ 

Quand t’es venu l’envie de prendre part à un PE ? Pour quelles raisons ? 

Les PE de Soli m’ont plu dès mon arrivée à l’em en 1A. En janvier 2018, j’avais postulé pour la mission Pérou et j’avais intégré la team. Malheureusement je n’ai finalement pas pu partir, mais j’étais sûre de vouloir retenter ma chance pour juillet 2019 et c’est ce que j’ai fait ! 

J’avais déjà fait une mission humanitaire seule entre mes deux années de prépa et je souhaitais renouveler l’aventure. La proximité avec les personnes sur place et les missions manuelles à fort impact proposées par les PE de Soli ont été les principales raisons qui m’ont poussée à candidater. 

Pourquoi cette destination ? À titre personnel, avant ton départ, avais-tu des préjugés, une certaine appréhension de la destination et de ce qui pouvait t’attendre sur place ? 

J’ai choisi le Togo car je souhaitais découvrir l’Afrique noire et sa culture. C’est un pays qui m’attirait beaucoup car il recèle de trésors culturels, de traditions et que je savais que les gens y sont très accueillants. Finalement je ne m’étais vraiment pas rendue compte de l’état de pauvreté sur place. Mes peurs concernaient surtout les conditions d’hygiène et la tourista ahah ! Je n’avais pas spécialement de préjugés. 

Ton entretien avec Soli s’est (évidemment) bien passé, mais aurais-tu des conseils au niveau de l’entretien pour quelqu’un qui candidaterait à de futures missions  ?

Je pense que c’est une décision à ne pas prendre à la légère car c’est une expérience forte en termes d’adaptation à une autre culture qui donne à réfléchir sur soi. Il faut se renseigner sur le pays et être 100% motivé pour la mission sur place et ne pas minimiser les inconvénients (mais franchement, les enfants vous font tout oublier !)

Comment as-tu vécu la période précédant votre départ (découverte de l’équipe, team-building, ensachage, etc.) ? 

La période avant le départ s’est bien passée. On a eu l’occasion de se découvrir avec les autres membres de l’équipe grâce aux ensachages et à des apéros. C’est aussi une grande satisfaction de récolter de l’argent pour une cause qui nous tient à coeur et ça m’a permis de m’impliquer dans le projet avant de partir. 

Sur place

Quelles étaient les conditions de vie sur place ? Est-ce que ça différait avec ce à quoi tu t’attendais ?

Fadenyo-Kope est un village très excentré, perdu dans la brousse togolaise. On y accède très difficilement par une piste chaotique. 

Nous dormions dans des cases avec les membres de l’AJSED, l’association togolaise. On se lavait au sceau d’eau boueuse et franchement on était parfois plus sale après qu’avant la douche ! On mangeait copieusement mais tout le temps la même chose : sauce tomate for life ! 

Globalement je m’attendais à vivre dans ces conditions et c’était ce que je souhaitais ! En Thaïlande, j’étais logée à l’écart de l’école où je donnais des cours et le lien avec les enfants n’était pas le même. A Fadenyo nous étions tout le temps avec eux. On discutait avec les villageois et on jouait avec les enfants. On a pu créer des relations très fortes avec eux !  

Décris-moi une journée type s’il te plaît.

7h : réveil 

7h30 – 8h : petit-déjeuner 

8h : départ pour le chantier et consignes de la part de Manu 

8h – 12h : travail sur le chantier 

12h – 14h : pause déjeuner. Les différentes équipes s’occupaient de préparer à manger, faire le service ou faire la vaisselle.

14h – 18h : travail sur le chantier 

18h : départ pour aller chercher de l’eau pour la douche 

18h30 – 20h : douches, préparation pour le dîner, repos et écriture des carnets 

20h – 21h : dîner 

21h – 23h : jeux avec les enfants et avec l’équipe 

23h : coucher ! 

Que retiens-tu des personnes sur place, de la culture, de la nourriture, etc. ?

Je retiens que le Togo est un pays très pauvre et qui manque cruellement d’infrastructures. C’est aussi un pays d’accueil, de traditions et très religieux. Culturellement, on ressent un vrai pluralisme avec des peuples très différents mais tous réunis par une valeur qui les caractérise : la générosité ! 

La collaboration a été difficile entre les deux associations mais nous avons tous su faire preuve d’adaptation et de patience. A retenir cependant : l’organisation et les togolais ça fait 2 !  Pourtant, j’ai eu une vraie leçon d’humilité au regard du travail que certains enfants étaient capables de faire ! 

Concernant la nourriture, just un fun fact : il mange les yeux des poissons ! 

Question bateau : un souvenir marquant de la période PE ?

Mon souvenir le plus marquant c’est sûrement la nuit à la belle étoile au poste de police, mais je pourrais aussi parler de notre première grosse soirée et le départ de Liva. 

Mon meilleur souvenir reste Samuel, ce petit garçon qui m’a tant touchée ! 

Après la période PE

Peux-tu me parler en quelques lignes de votre road trip ? Notamment les moments les plus marquants. 

Nous n’avons pas fait de road trip mais les derniers jours à Lomé nous ont permis de visiter les alentours. C’était intéressant de découvrir une autre partie de la culture togolaise ! La visite du musée de l’esclavage a été particulièrement marquante car nous avons eu un désaccord avec l’association locale et nous avons tous compris les grandes différences qu’il existe entre nos cultures, notamment concernant l’engagement et la superstition. 

Et si tu avais quelque chose à dire à quelqu’un qui hésiterait encore à prendre part à un PE pendant ses années à l’em, que lui dirais-tu ?

Goooooooo !!!!!! C’est une des plus belles expériences de ma vie !