Le M

L’entreprise responsable du mois – Lamazuna

Lamazuna, ou quand les cosmétiques se réconcilient avec l’environnement

L’entreprise française proposant des produits cosmétiques durables et respectueux de l’environnement  s’impose dans un marché en plein essor et contribue à changer l’idée du rapport à l’environnement qu’entretient l’industrie de la beauté.

Par Jean-Christophe Cagnon et Nathan Pinet, membres de NOISE

 

Lamazuna, quésako ?

Nous sommes en 2010, sur les côtes vendéennes. Du haut de ces vingt-trois ans, Laëtitia Van de Walle s’insurge un soir face à ses cinq cotons à démaquiller qu’elle se voit jeter chaque jour. Forte de caractère et ne se laissant pas intimider par de vulgaires ustensiles cosmétiques jetables, Laëtitia leur donne le coup de grâce : ils seront remplacés par des lingettes en microfibre utilisables des centaines de fois. Cette première bataille victorieuse ne sera que le début d’une aventure entrepreneuriale qui conduira notre héroïne sur les plus grands étalages de produits biologiques, où ses cosmétiques côtoient désormais avec fierté branche d’aloe vera et savons d’Alep équitables.

En effet, convaincue que les plus grandes décisions de ce monde se prennent dans une salle de bain, Laëtitia parle de cette initiative autour d’elle et telle une gourou d’un genre nouveau, parvient à convertir ses amis un à un. Désormais, tous opèrent un changement dans leur mode de vie et réduisent leur utilisations de cosmétiques jetables et irrespectueux de l’environnement.  

C’est finalement après avoir conversé avec son colocataire originaire de Géorgie que Laëtitia choisit de lancer “Lamazuna”, qui signifie jolie jeune fille en géorgien : une gamme de produits cosmétiques réutilisables, biologiques et respectueux de l’environnement. Et c’est ainsi que cette drôle d’histoire commença.

On y trouve quoi au juste ?

Lamazuna couvre une grande partie des produits cosmétiques utilisés couramment. À mort les cotons démaquillants jetables ! Préférez plutôt une éponge Konjac originaire du japon, réutilisable et respectueuse de l’environnement. De la même manière, dentifrices en pâtes, gel douches, shampoing et déodorants sont remplacés par leurs compères solides mais tout aussi efficaces. Avec Lamazuna, brosses à dents jetables et protections hygiéniques féminines à usage unique  ne seront qu’un vestige de l’ancien monde, entreposées sur un socle dans un musée des civilisations dans lequel tout le monde viendra s’esclaffer devant l’absurdité du système du tout-jetable. Le tout, pour des prix certes plus élevés mais plus rentables sur le long-terme grâce à une durée de vie de ces produits accrue.

Zéro-déchet, c’est bien mais… c’est tout ?

La start-up affiche une réelle démarche RSE et l’aspect zéro-déchet des produits vendus n’entre pas en contradiction avec une politique globale contraire aux valeurs affichées. En effet, depuis 2013, à l’instar d’Écosia, 2% des ventes de Lamazuna sont reversés à un projet d’agroforesterie au Pérou et plus de 600 arbres ont été plantés. Aussi, la chaîne de production est pensée dans une optique durable et éco-friendly comme l’explique la fondatrice sur le site de la marque: “J’ai trouvé un site Internet pouvant imprimer les étiquettes de mes produits à très bas prix, mais j’ai opté pour un imprimeur voisin, un peu plus cher mais la pollution du transport en moins et le contact en plus. J’ai découvert que le prix d’une pochette en coton bio pour la Cup féminine est cinq fois plus élevé que celui d’une pochette classique, mais j’ai fait le choix du durable, quitte à réduire ma marge pour rester dans la même gamme de prix que mes concurrents.” Ainsi, Lamazuna estime avoir évité 21 millions de déchets depuis neuf ans grâce à ses produits Zéro déchet, dont notamment plus de 18 millions de cotons jetables, 83 000 flacons de démaquillant, deux millions de tampons hygiéniques et 49 000 bouteilles de shampoing pour une soixantaine de commandes quotidiennes.

“J’ai trouvé un site Internet pouvant imprimer les étiquettes de mes produits à très bas prix, mais j’ai opté pour un imprimeur voisin, un peu plus cher mais la pollution du transport en moins et le contact en plus.”

Croissance dans un marché porteur mais concurrentiel

L’entreprise réalise aujourd’hui un chiffre d’affaires de plus de cinq millions d’euros et emploie trente-cinq salariés. Elle a su s’imposer comme une marque  pionnière de la cosmétique éco-responsable. A noter également que l’entreprise a adopté une posture originale en étant dépourvue d’investisseurs dans le but de conserver son indépendance. Cela en fait une entreprise originale, moins susceptible d’être influencée par les intérêts de tierces personnes mettant au second plan la portée écologique.

Aujourd’hui, les produits cosmétiques éco-responsables ont le vent en poupe, et le marché est en pleine expansion. Les habitudes des consommateurs changent sensiblement. En effet, selon une étude de Nielsen, 51% des plus de cinquante ans sont prêts à acheter leurs produits plus chers s’ils sont confectionnés de manière responsable et respectueuse de l’environnement. Pour les plus jeunes générations (moins de vingt-cinq ans), ce chiffre passe même à 72%. Des changements dans les mentalités donc, qui ne conduisent pas seulement les start-ups à s’accaparer le marché, mais qui pousse aussi les grands groupes à regarder du côté de ce phénomène nouveau. La gamme Hydra-life de chez Dior vise par exemple les plus jeunes en réduisant les emballages et en confectionnant de manière plus éthique ses produits. Une nécessité pour le groupe, qui voit ces changements de mentalités comme une opportunité que l’on doit saisir si l’on veut rester à flots. “Cette génération des 15-30 ans est la première à avoir toujours connu le tri sélectif et les pics de pollution. Le raisonnement responsable et éthique est pour elle une évidence, puisqu’elle réfléchit à l’impact sur le futur de chacun de ses gestes.” explique Edouard Mauvais- Jarvis directeur de la recherche chez Dior.

“Cette génération des 15-30 ans est la première à avoir toujours connu le tri sélectif et les pics de pollution.”

Ainsi, les jeunes entreprises doivent concurrencer des groupes à la renommée mondiale établie, ce qui peut freiner de manière significative leur croissance. Malgré tout, la flexibilité et la réactivité de petites structures permet  d’être plus au fait des attentes des consommateurs et de proposer des produits constamment en adéquation avec la demande. Un rempart persiste évidemment : le prix. Puisque si les mastodontes de la beauté peuvent proposer des produits éco-responsables à prix raisonnables, les start-up sont obligées de pratiquer des prix bien plus élevés pour pouvoir subsister. Reste à voir qui propose le produit de meilleure qualité, car si les habitudes des grands groupes changent, des réflexes de green-washing persistent. Yves Rocher est par exemple régulièrement critiquée pour ses produits présentés comme 100% naturels et respectueux des animaux, alors que ceux-ci sont utilisés pour le test des produits. Prudence donc.

Je suis convaincue, où-est-ce que je vais chercher mes produits Lamazuna ?

Les produits de la marque vendéenne se trouvent dans tous les magasins bio dignes de ce nom. Ils sont aussi disponibles sur son  site internet.


Sources

https://www.ledauphine.com/drome/2019/05/14/cosmetiques-zero-dechet-le-pari-de-lamazuna-kknz

https://www.faiseursdeboite.fr/cosmetiques-ecologiques-lamazuna-jeune-entrepreneur

https://www.lamazuna.com/fr/content/8-l-histoire-de-lamazuna

https://www.lexpress.fr/styles/soins/la-nouvelle-ere-des-cosmetiques-eco-responsables_1899888.html

http://www.madmoizelle.com/greenwashing-cosmetique-explications-212237