Le FAIRPHONE, un téléphone enfin éco-responsable

Le FAIRPHONE, un téléphone enfin éco-responsable

L’entreprise néerlandaise Fairphone produit des téléphones éthiques à la fois respectueux de l’environnement et produits dans le respect de toutes les parties prenantes.

Les débuts

Le Fairphone 3

L’aventure commence en 2013 aux Pays-Bas. Bas Van Abel se fixe comme objectif de créer un téléphone plus en phase avec l’environnement et qui prend en compte, dans sa conception, des valeurs sociales et environnementales fortes. La réflexion qu’entreprend Bas Van Abel part des minéraux utilisés largement dans les smartphones comme le Coltan. Le coltan est en effet exploité par des groupes guerriers en République Démocratique du Congo. À partir de ce point, toute une réflexion et une stratégie éthique a été mise en place.

En quoi c’est “fair” concrètement ?

La stratégie de Fairphone repose sur 4 points :

  • Étendre la durée de vie des produits électroniques
  • Réduire les déchets
  • Choisir des matériaux équitables
  • S’assurer du bien-être de tous les employés de la chaîne de production

Fairphone a notamment ciblé huit matériaux sur lesquels il met en place des filières équitables : or, cobalt, tungstène, lithium, néodyme, cuivre, plastique, étain. A l’horizon 2022, son objectif pour le Fairphone 3 est de faire en sorte que 40 % de ces huit matériaux soient issus de filières responsables.

Le monde du smartphone aujourd’hui

La fabrication et l’utilisation de smartphones est aujourd’hui très polluante. Tout d’abord l’extraction de terres rares nécessaires au fonctionnement de nos appareils est extrêmement polluante. Des nombreux métaux lourds pénètrent les sols et les quantités d’eau nécessaire à cette extraction sont faramineuses. À des questions environnementales s’ajoutent des questions éthiques : plus de la moitié de la production mondiale de Cobalt (un métaux présent dans tous les smartphones) provient de République Démocratique du Congo où 40 000 enfants travaillent dans les mines. La fabrication consomme également beaucoup d’énergie. Le marché actuel incite le consommateur à acheter un nouveau smartphone régulièrement en réduisant la durée de vie des appareils. Un français achète en moyenne un smartphone tous les deux ans.

Une mine d’extraction du cobalt au Congo

L’obsolescence programmée : une réalité

L’obsolescence programmée consiste à réduire intentionnellement la durée de vie d’un produit afin d’en favoriser l’achat régulier. L’étude de OpinionWay sur la question de l’obsolescence programmée montre que le rythme de sortie des smartphones samsung est passé d’un produit tous les ans à un produit tous les six mois puis quatre mois. Le rythme est également effréné chez Apple qui est passé d’un smartphone par an à un smartphone tous les quatre mois depuis l’Iphone 5S. L’obsolescence n’est pas seulement technique ou matérielle. Elle est également liée aux tendances et aux habitudes de consommation. Devant ce constat alarmant d’une société toujours plus poussée à la consommation, l’entreprise a été distinguée à de nombreuses reprises pour ses efforts en matière de transition sociale et écologique.

Une notoriété internationale

Seulement 2 ans après son lancement, lors de la COP21, les Nations unies remettent à l’entreprise Fairphone le prix “Momentum for Change”, récompensant ses initiatives novatrices en matière de préoccupations sociales et environnementales. La même année, l’entreprise reçoit le prix de la startup européenne à la plus forte croissance lors de la conférence The Next Web, témoignage de sa rapide visibilité aux yeux des professionnels. Le succès de ce nouveau concept est de nouveau plébiscité en 2017 lorsque Greenpeace USA classe Fairphone à la première place des entreprises d’électronique grand public les plus respectueuses de l’environnement.

Un modèle économique viable ?

Classement des téléphones mobiles sur le plan éthique

Si le Fairphone semble auréolé de récompenses à travers le monde et ce depuis ses plus jeunes années, l’entreprise n’en rencontre pas moins de nombreuses difficultés qu’elle doit défricher comme tout bon pionnier se doit de le faire lorsqu’il s’aventure en terrain peu connu. Listé parmis les 8 éléments principaux dont le Fairphone veut rendre les composants “propres”, l’or est souvent l’objet de financement de guerres en Afrique. Or en 2016, la start-up, après avoir déclaré toucher du doigt des solutions pour en obtenir un approvisionnement respectant les règles éthiques, a été contrainte d’abandonner ce projet devant les difficultés à trouver des fournisseurs d’or détachés des combats au Congo, montrant là par ailleurs les limites d’une telle démarche.

Son business modèle a également connu des turbulences en 2017, ayant dû interrompre la production de Fairphone avant qu’une opération de financement participatif, lancée l’année suivante, ne lui permette de régler ses problèmes financiers et de relancer la production de téléphones.

Enfin, force est de constater que malgré les considérations éthiques prises en compte dans la conception et la production des smartphones, leur qualité demeure inférieure à celle des géants du marché pour des prix relativement élevés (largement expliqués par le soucis de recherche de filières responsables). Sont pointés du doigt la qualité quelconque de son appareil photo, sa lenteur lors d’utilisation intensive d’applications lourdes. Néanmoins, le Fairphone 3 a fait des progrès considérables par rapport à son prédécesseur, le Fairphone 2, considéré comme technologiquement dépassé et comportant de multiples défauts (“le légo” comme le dénoncent ses détracteurs). Cette évolution ne peut prêter qu’à l’optimisme, à condition que l’aspect social et environnemental soit bien compris du grand public qui sera alors en mesure de mettre une bonne volonté nécessaire à la survie de l’initiative.

Le Fairphone est ainsi une start-up d’un nouveau genre, mettant plus que jamais en avant l’aspect éthique et écologique dans la conception de ses smartphones. Si l’initiative est louée partout dans le monde, il reste à la jeune entreprise de montrer que de tels engagements ne sont pas incompatibles avec le fonctionnement d’une entreprise classique placée sur un marché habituellement vitrine de la société de consommation.

Par Jean-Christophe Cagnon et Nathan Pinet


Sources :
The ethical company organisation
Fairphone.com
https://www.lemonde.fr/pixels/article/2019/08/27/on-a-teste-le-fairphone-3-le-smartphone-qui-se-veut-ethique_5503304_4408996.html
https://www.lci.fr/high-tech/test-que-vaut-le-fairphone-3-la-nouvelle-version-du-smartphone-ethique-2131154.html
https://fr.wikipedia.org/wiki/Fairphone