Quelques-unes des femmes d’hier qui ont fait la France d’aujourd’hui

Quelques-unes des femmes d’hier qui ont fait la France d’aujourd’hui

Si l’année 2021 nous réserve sans doute son lot de surprises, on ne peut pas nier qu’elle ait, dans une certaine mesure, bien fait les choses. En effet, la Women’s Week démarre avec un événement marquant, et pas des moindres, puisqu’il s’agit de la Journée internationale des droits des femmes. Mais si cet alignement des dates semble idéal pour délivrer haut et fort un message qui se doit d’être entendu, les événements autour de celui-ci se dérouleront dans un contexte, lui, un peu moins idéal : crise sanitaire oblige, beaucoup d’entre eux se feront soit à distance, soit en comité restreint. Difficile donc d’imaginer des manifestations d’aussi grande envergure que celles qui ont marqué le monde ces dernières années.

Dès lors, cela doit-il nous faire craindre pour la viabilité et l’impact de cette journée, et plus largement, de cette semaine, la Women’s Week ? N’oublions pas que le contexte social actuel est particulièrement tendu, entre d’une part les restrictions sanitaires, qui limitent grandement les déplacements de tous, et d’autre part la libération progressive de la parole des femmes, mais aussi celle des hommes sur des sujets jugés tabous par la société. Ensemble, ces deux phénomènes produisent des constats tout à fait alarmants : d’après le journal Le Monde, les signalements de violence conjugale ont augmenté de 40% pendant le 1er confinement, et de 60% pendant le 2e confinement. Signe donc qu’il nous reste encore un certain chemin avant d’arriver à une égalité parfaite entre hommes et femmes.

À l’heure actuelle, la plupart des femmes qui doivent (encore) militer pour conserver leurs droits et en obtenir de nouveaux – impossible de ne pas penser à l’égalité salariale à poste égal – vivent dans des démocraties, qui revendiquent par essence même l’égalité entre leurs citoyens. N’est-ce pas paradoxal ? Pourquoi une telle inégalité de situation, alors même qu’à l’origine, ce sont elles qui ont un certain mérite unique au monde, celui de porter et donner la vie ? Il ne serait donc pas anodin ni inutile de rappeler ce que nous leur devons déjà. Et, contrairement aux apparences, la liste n’est pas si courte que cela. 


Aujourd’hui, évoquer la France revient très souvent à parler d’hexagone, de devise en trois temps et de démocratie. Mais l’imaginaire collectif aurait sans doute pris un autre chemin si ces trois femmes n’avaient pas marqué l’Histoire de France de leur empreinte.

Savez-vous d’où vient le surnom « l’Hexagone » lorsqu’on se réfère à la France ? Nous le devons à la forme (approximative) du tracé de ses frontières, vue depuis l’espace. Mais les frontières actuelles de la France doivent leur forme, et donc ce joli surnom, en partie – mais pas que, bien sûr – à Jeanne d’Arc (1412 – 1431). Guidée par des voix divines, la jeune femme a très vite bouleversé le destin du Royaume de France : motivée uniquement par sa foi, la jeune paysanne réussit à obtenir une audience auprès du Dauphin, à l’escorter jusqu’à Reims pour qu’il soit sacré roi de France sous le nom de Charles VII, et enfin à obtenir de lui une armée pour chasser les Anglais d’Orléans. Le tout à seulement 19 ans. Sans elle, la France n’aurait sans doute pas de telles frontières, dans la mesure où les Anglais, menés par le roi Henri V, convoitaient le trône de France, alors qu’une guerre civile avait éclaté en parallèle à cause des problèmes de succession laissés par la mort de Charles VI. Face à la désorganisation conséquente des armées françaises, leur invasion du territoire aurait sans doute été plus facile sans Jeanne d’Arc. D’ailleurs, celle que l’on surnomme depuis « la Pucelle d’Orléans » est certainement plus connue pour sa mort tragique que pour ses faits d’armes impressionnants : capturée par les Anglais en 1430, elle finit brûlée vive l’année suivante au terme d’un procès expéditif.  Mais en réalité, Jeanne d’Arc incarne aussi une héroïne de guerre qui a contribué à faire de la France ce qu’elle est aujourd’hui.

À ce sujet, la France d’aujourd’hui ne peut quasiment pas être séparée de sa célèbre devise « Liberté, Égalité, Fraternité ». Trois notions en lesquelles tenait tout particulièrement la révolutionnaire Olympes de Gouges (1748 – 1793). Cette dramaturge s’est en effet démarquée par son militantisme en faveur de l’amélioration de la condition humaine dans son ensemble : étant libre, elle s’est mobilisée au profit des esclaves dans les colonies ; étant une femme, elle a défendu leurs droits dans sa Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne (1791) – texte dont le titre, vous en conviendrez, est loin d’avoir été choisi au hasard (il s’inspire de la célèbre Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen, publiée deux ans plus tôt en 1789). Emportée par l’élan de ses convictions, elle a attaqué le gouvernement au pouvoir en pleine période de la Terreur ce qui l’a précipité à l’échafaud avec bien d’autres de ses contemporains. Si elle a été, dans une certaine mesure, victime de son avant-gardisme, elle n’en reste pas moins l’une des grandes figures ayant contribué au progrès des droits de l’Homme en France. 

À noter que les droits de la femme, en particulier, sont aujourd’hui ce qu’ils sont grâce aux avancées majeures permises par Simone Veil dans la seconde moitié du XXème siècle. Magistrate de formation, elle accède au poste de Ministre de la Santé en 1974 sous la Présidence de Valéry Giscard d’Estaing. Face à une Assemblée majoritairement composée d’hommes, elle défend son projet de loi introduisant l’interruption volontaire de grossesse pour les femmes. Si elle est au départ moquée, insultée et critiquée par des individus incapables de concevoir ni de comprendre la réalité d’une grossesse non désirée, son texte est finalement adopté en 1975, permettant ainsi aux femmes de mieux disposer de leur corps comme elles l’entendent. Mais son héritage ne s’arrête pas là : elle s’était avant cela battue pour une amélioration des conditions de vie dans les prisons lorsqu’elle était magistrate ; elle ouvrira ensuite la voie aux femmes en politique en devenant la première Présidente du Parlement européen en 1979. Simone Veil a donc œuvré pour les droits des femmes, certes, mais aussi ceux des hommes, et, enfin, pour la réconciliation des cultures européennes, durement marquées par la Seconde Guerre mondiale, conflit qui l’a pourtant privé de ses parents et de son frère, disparus en déportation.


Jeanne d’Arc, Olympe de Gouges et Simone Veil ont donc ceci de commun qu’elles ont chacune mené des combats certes politiques, mais aussi et surtout sociétaux ; la France serait-elle toujours la France sans ses frontières actuelles, ses valeurs fondatrices ou ses libertés individuelles ? Fort heureusement, elles sont loin d’être les seules femmes à avoir marqué la société française : les écrits de George Sand, le féminisme de Simone de Beauvoir et les découvertes de Marie Curie sont d’autres exemples tout aussi révélateurs du rôle essentiel des femmes, ici dans la culture française. L’assurance et la combativité de ces femmes pour concrétiser leurs engagements a de quoi inspirer chacun d’entre nous. Chacune à leur manière, elles ont démontré qu’un combat n’est jamais vain et vaut toujours la peine d’être mené à son terme. Aussi difficile soit-il, qu’il réussisse ou non, l’Histoire s’en souviendra et saura l’honorer à juste titre.

Chérissons donc ce que les combats de ces femmes nous ont apporté, reconnaissons ce que nous leur devons et autorisons-les à nous en apprendre encore davantage sur ce que nous sommes et sur ce que nous voulons être, en tant que société héritière des Lumières et promotrice des droits individuels.

Par Gilles Kalfa, rédacteur chez Verbat’em