À la découverte de Gerland… Rencontre avec le directeur du projet : Teddy Breyton

À la découverte de Gerland… Rencontre avec le directeur du projet : Teddy Breyton

Après 10 ans de consulting et un passage de plus de 6 ans au Grand Lyon, Teddy Breyton rejoint les équipes d’emlyon en 2017 en tant que directeur de cabinet et des relations extérieures. Actuellement gérant de la Société Civile Immobilière emlyon, il est en charge du projet campus de Gerland. Nous sommes allés à sa rencontre afin d’en savoir plus sur ce que sera notre futur campus de Gerland.

Bonjour Monsieur Breyton, dans un premier temps pourriez-vous vous présenter ?

Je suis Teddy Breyton, j’ai 44 ans et je travaille à emlyon depuis octobre 2017. Pour vous présenter brièvement mon parcours : j’ai une formation de sciences politiques de l’IEP (ndlr. Institut d’Etudes Politiques) de Lyon et un master 2 d’urbanisme et management. J’ai commencé ma carrière chez Algoé, un cabinet de conseil en management basé sur Lyon et Paris. Pendant la douzaine d’années où j’ai fait du conseil, j’ai été amené à travailler sur des problématiques diverses de management et d’organisation avec un versant public assez significatif de par ma formation ; les sujets, études ou projets qui m’étaient confiés étaient souvent à l’interface entre public et privé avec des problématiques de développement économique, développement universitaire, recherche, innovation… Par la suite, j’ai été durant six ans membre du cabinet du Président du Grand Lyon en tant que conseiller pour le développement économique de la métropole lyonnaise. Enfin, j’ai rejoint emlyon en octobre 2017 et travaillé, auprès du directeur général, en tant que directeur des relations extérieures et institutionnelles de l’école. Finalement, les circonstances ont fait que j’ai aujourd’hui l’honneur et le plaisir d’être le responsable du projet de création du nouveau vaisseau amiral de l’école : le campus de Gerland qui a vocation à prendre le relais du campus actuel d’Ecully qu’occupe l’école depuis une cinquantaine d’années.

Vous avez rejoint emlyon en 2017 et êtes aujourd’hui gérant de la SCI emlyon : pouvez-vous nous en dire plus sur votre poste et en quoi il consiste ?

Je suis effectivement gérant de la SCI qui est le véhicule de la maîtrise d’ouvrage du projet immobilier. Cette SCI, filiale à 100% de l’école, a été créée pour porter l’opération d’investissement : elle s’endette auprès d’un pool de banques partenaires d’emlyon et remboursera cet emprunt à travers la location des espaces du futur campus à l’école. Ce mandat de gérant me permet, sous le contrôle des associés de la SCI et du Directoire, de signer les documents nécessaires à la bonne avancée du projet immobilier comme les documents relatifs au Permis de Construire ou au Contrat de Promotion Immobilière. Mais je suis un gérant opérationnel puisque mon job principal est d’être Directeur du projet Gerland ; soit organiser, structurer et planifier le projet et la maîtrise d’ouvrage. Or, la maîtrise d’ouvrage implique d’exprimer un besoin, de financer et de fait construire un objet. C’est pourquoi emlyon a créé la SCI, pour porter cet investissement, qui lui permet d’être maître d’ouvrage, donc de prendre son destin en main en devenant propriétaire du terrain et des murs qui hébergeront l principal site d’éducation du groupe. Aussi, en tant que maître d’ouvrage, j’ai pris la tête de la SCI mais mon principal travail reste d’animer, manager, organiser et planifier l’ensemble des opérations essentielles à la conception, la construction et la mise en exploitation du site de Gerland.

Quelles sont vos principales missions en tant que responsable du projet Gerland ?

D’abord, je représente emlyon auprès des différents acteurs qui conçoivent et construisent le futur campus. En effet, emlyon n’ayant jamais fait construire d’ensemble immobilier, l’école ne dispose pas en propre de l’ensemble des ressources et techniques nécessaires à un tel aménagement. Aussi, le parti a été pris de recourir à des professionnels du secteur et plus précisément à un promoteur immobilier. En tant que responsable du projet, je gère la relation contractuelle avec ce dernier à qui nous avons confié le pilotage des études techniques de conception du projet, des procédures administratives, et je m’assure que le campus sera livré dans les temps et selon les demandes faites par l’école.

Ensuite, le campus de Gerland s’inscrit dans un projet d’aménagement urbain porté par la collectivité Grand Lyon. Aussi, nous travaillons en interface avec cette dernière pour assurer la cohérence et l’articulation de notre projet immobilier avec leur projet d’aménagement urbain. Cela implique des discussions diverses sur des sujets très larges avec pour finalité l’interconnexion du campus et des services urbains et espaces publics.

Enfin, je travaille à faire en sorte que ce projet soit co-construit et co-conçu avec l’ensemble des parties prenantes de l’école : étudiants, staff, professeurs, entreprises partenaires… Aussi, une fois les études sur l’infrastructure, la « coque » du Hub finies et le chantier lancé, nous devrons faire un travail de conception de l’aménagement intérieur du projet (design des espaces et services…). Or, cela demande de l’organisation, des processus et des méthodes pour passer des marchés, recourir à des expertises.

Finalement, être responsable du projet Gerland est un vrai travail de management de projet complexe incluant des dimensions opérationnelles, financières, techniques, stratégiques, politiques…. Bref, énormément d’aspects différents qui rendent ce projet si passionnant !

Pourquoi avez-vous choisi de vous investir sur le projet campus de Gerland ?

Ce projet est une fantastique opportunité et un projet passionnant tant pour moi que pour emlyon qui peut imaginer from scratch la création d’un nouveau site. De plus, ce projet recèle également d’une dimension intéressante pour Lyon, ville à laquelle je suis particulièrement attaché. Aussi, pour vous répondre, j’ai pris la tête du projet Gerland par passion, mais aussi parce qu’il s’inscrit complètement dans la trajectoire qui est la mienne. En effet, mon coeur de compétences relève des politiques de développement métropolitain et territorial et j’ai beaucoup travaillé, durant mes années chez Algoé, sur des stratégies de développement territorial et des schémas de développement universitaire notamment sur Lyon. De plus, la direction du projet campus de Gerland qui me permet de travailler à la création d’une nouvelle infrastructure pour une grande école à Lyon est un peu la synthèse de tout mon parcours. Gerland est le deuxième territoire campus de la métropole lyonnaise et le Schéma de Développement Universitaire de Lyon au début des années 2010 avait pointé l’enjeu pour la qualité de vie étudiante et le rayonnement scientifique et académique du territoire de tâcher de reconcentrer les forces autour des deux polarités que sont le campus de LyonTech La Doua à Villeurbanne et Lyon-Gerland. En effet, Lyon est une ville très attractive pour sa vie étudiante, son développement et son enseignement supérieur, mais elle souffre de son système urbain historiquement morcelé avec des campus éparpillés sur l’ensemble de l’agglomération (Écully, Vaulx-en-Velin, Porte des Alpes, Pôle historique universitaire des quais, grand campus scientifique de La Doua et Gerland proche du pôle historique). Car qui dit morcellement dit difficulté d’accès pour les étudiants quand le rassemblement permet d’organiser plus efficacement les transports, les services et commerces dont ont besoin les populations universitaires et étudiantes d’où cette volonté de concentration. Or, comme durant mon parcours, j’ai été amené à participer à ses réflexions et à l’élaboration de ces schémas et stratégies, pouvoir aujourd’hui créer un projet dans ce cadre est, en quelque sorte, la concrétisation et le rassemblement d’un grand nombre de sujets qui me tiennent à coeur.

Le nouveau Hub de Gerland est bien souvent évoqué dans la presse et les communications officielles d’emlyon ces dernières années. Il est question d’école “sans mur”, de ville dans la ville avec un rez-de-chaussée conçu autour d’une rue accessible à tous les Lyonnais… Pouvez-vous nous en dire plus ? Quelle est l’idée maîtresse derrière ce projet et quels en sont les principaux défis et enjeux ?

Vaste question ! Premièrement, ce type de projet s’inscrit dans le temps long : il doit permettre à l’école de continuer à se développer et à accueillir ses activités à un horizon de temps qui est celui de l’immobilier, soit environ cinquante ans. Je pense que la motivation principale est de disposer d’un site permettant à l’école de réaliser son projet pédagogique et sa stratégie de développement qui s’articulent autour de quatre grands aspects : globalisation, digitalisation, hybridation et engagement. Pour ce faire, l’emplacement de ce nouveau site est déterminant. En effet, qui dit globalisation dit connectivité, inscription dans les grands réseaux de transport et de mobilité et un campus en ville permet de réaliser cette attente. En ce qui concerne la digitalisation, ce nouveau campus permettra à emlyon de disposer d’espaces pédagogiques et d’espaces de travail adaptés au déploiement des outils technologiques et digitaux et, de ce fait, propre à accueillir l’ensemble des formats pédagogiques que l’on puisse imaginer (présentiel, distanciel …). L’enjeu est donc de créer un bâtiment pour accompagner emlyon dans son développement et lui permettre d’innover en terme de pédagogie digitale. L’aspect hybridation se note déjà sur le campus d’Ecully avec la proximité avec des écoles comme Centrale ou l’Institut Paul Bocuse. Cela dit, le fait d’être localisé en coeur de ville simplifiera d’autant plus cette hybridation par la proximité immédiate avec un plus grand nombre d’acteurs de l’enseignement supérieur et de la recherche (ENS Science, ENS Lettres, Science Po Lyon, Pôle universitaire des quais…). Enfin, en lien avec ce que je viens de dire, un autre enjeu est le retour vers la cité de l’école. En effet, si dans les années 1970 énormément d’écoles françaises ont suivi le modèle américain et construit de grands campus en périphérie, s’éloignant du coeur névralgique des villes, il est bon de souligner que c’est dans la ville que se jouent les questions de développement social, culturel et économique du territoire. Aussi, le retour d’emlyon dans la cité a une dimension symbolique forte : emlyon affirme son identité lyonnaise en s’inscrivant dans une logique de globalisation et d’internationalisation et retourne dans le coeur de la cité qui l’a vu naître pour en devenir un acteur citoyen plus visible, engagé et responsable au regard de la mission éducative qui est la sienne. Ainsi, le principal défi est de trouver comment inventer un équipement permettant à l’école de déployer son projet pédagogique autour des quatre grands axes que j’ai énoncé plus tôt.

Le campus de Gerland a vocation de permettre de retranscrire l’innovation pédagogique. Comment retranscrire, concrètement, l’innovation pédagogique au sein d’un campus (soit d’un projet immobilier) ?

Je ne crée pas l’innovation pédagogique, mais je considère que mon travail est faire en sorte que le campus permette à ses multiples formes de s’exprimer. En effet, je travaille à faire créer des volumes, des espaces, des circulations, des services avec pour objectif qu’ils soient les plus multifonctionnels et flexibles possible, et permettre de déployer un grand nombre de formes et de formats d’innovation pédagogique (digital, présentiel, asynchrone, synchrone…). Aussi, le but du projet Gerland est de créer des espaces qui ne soient pas contraignants pour l’innovation pédagogique de demain puisque le format spatial induit le format pédagogique. Pour prendre un exemple très concret : un amphithéâtre est adapté à un cours avec un grand nombre d’étudiants, les sièges y sont fixes, il n’est donc pas du tout modulable ; ainsi, l’amphithéâtre ne permet qu’un modèle pédagogique : le cours magistral. Et il n’est ni flexible ni évolutif (ses spécificités font qu’il ne peut être converti en un autre espace). L’amphithéâtre bride, donc, la capacité d’innovation pédagogique.

En revanche, un espace plus “standard”, soit sans spécificité particulière peut permettre de moduler le nombre de participants, de faire varier la disposition selon les besoins des participants (îlots de groupe, tables alignées …), de permettre aux participants d’aller facilement vers d’autres espaces comme le Learning Hub que nous développerons à Gerland. Je réponds un peu à l’envers à votre question : ce n’est pas le campus qui crée l’innovation pédagogique, mais ce dernier est pensé pour ne pas brider cette dernière. Il en va de même pour ce qui relève du digital, des communications et de l’IT. Effectivement, nous travaillons de sorte à ce que Gerland soit un smart building (réseaux, câbles, capteurs pour garantir le niveau de confort des participants au cours …) cela permettra à emlyon de disposer d’une infrastructure lui permettant de gagner en qualité pédagogique, d’enseignement et de confort des participants.

Aussi, nous ne répondons pas à la question “quelles seront les futures innovations pédagogiques à Gerland ?”, mais nous soucions de tout prévoir afin de créer les conditions pour accueillir toutes les formes pédagogiques de l’avenir et cela passe, par exemple, par des espaces flexibles multifonctionnels ou encore des outils de base et des réseaux informatiques de bonne qualité. Aujourd’hui nous sommes en train de spécifier tous ces aspects essentiels et de les traduire en cahier des charges et en besoins qui seront étudiés par le promoteur, qui en vérifiera la faisabilité et en estimera les coûts.

Différents acteurs ont été investis sur ce projet et notamment certains de nos camarades étudiants. Pouvez-vous nous en dire plus sur le rôle qu’ils ont joué et, si certains le souhaitent, s’il est toujours possible de s’investir au sein du projet Gerland?

Il est bien sûr encore possible de s’investir au sein du projet ! Pour l’instant, le terrain est encore nu, rien n’est construit nous avons donc encore du temps devant nous. Depuis 2018-2019, moment où nous avons lancé le projet, beaucoup de choses ont été faites : nous avons associé et concerté, la Junior Entreprise a fait une enquête pour qualifier les besoins et envies des différents acteurs au moment du lancement, Alice Riou a organisé un cours avec une soixantaine d’étudiants pour nous aider à produire des briefs sur la vision des étudiants pour le campus… Tout cela nous a permis de constituer le dossier pour le concours des architectes et promoteurs. Aussi, les étudiants ont joué un rôle clé dès le lancement. Quand nous avons eu quatre projets en compétition pour le concours d’architectes, nous avons fait voter l’ensemble du staff de l’école et le Conseil de Corporation pour le projet qui leur paraissait le plus prometteur après explications. Le projet pose également un grand nombre de questions à l’école sur son fonctionnement futur, la gestion de ses ressources humaines avec la question de l’organisation des espaces de travail, la pédagogie avec l’aménagement des salles de cours… Pour répondre à ces questions un certain nombre de workshops ont été organisés, notamment avec la faculté, sur les outils d’apprentissage et, depuis le début de l’année, des makers project ont été proposés à deux groupes d’étudiants d’emlyon. Le premier groupe avait pour but d’étudier les unités d’apprentissage et ont donc analysé les envies en interne et réalisé une étude comparative pour voir comment cela se passait sur d’autres campus. Le deuxième groupe travaillait sur la vie associative puisque le projet questionne (non pas la vie associative bien sûr !) la présence spatiale des associations sur le nouveau campus. En effet, le schéma actuel des locaux est hérité de l’histoire mais nous devons nous demander quel nouveau schéma nous pourrions envisager sur le campus de Gerland; les étudiants travaillants sur le projet ont réalisé une étude comparative particulièrement intéressante sur le sujet.

Aujourd’hui, nous souhaitons garder cette dynamique : ces makers project ont vocation à se poursuivre car ils ont ouvert des brèches et dévoilé des problématiques sur lesquels nous devrons continuer à travailler. En effet, comme je le disais tout à l’heure, tout ce qui concerne l’aménagement intérieur, l’expérience fonctionnelle et spatiale et les services qui devront se développer sur le campus doit encore être décrit, écrit, conçu et mis en musique. Aussi, comme l’a précisé Isabelle Huault lors de sa prise de parole face au staff emlyon, nous allons entrer, au sein du projet, dans une dynamique de collaboration, association et coconception encore plus forte. Je pense donc qu’il y aura beaucoup d’opportunités pour s’investir sur le projet Gerland à l’avenir. A titre personnel, depuis l’année et demi où j’ai pris la tête de ce projet, j’essaye de répondre à toutes les sollicitations étudiantes qui me sont faites: ma porte est toujours ouverte. J’ai déjà reçu un certain nombre d’étudiants notamment des associations s’intéressant aux thèmes écologiques. Enfin, nous faisons aussi travailler des étudiants entrepreneurs, notamment l’un d’entre eux qui nous aide à développer la maquette en réalité virtuelle de notre futur campus que nous pourrons, je l’espère, vous présenter courant septembre. Donc s’il ne fallait retenir qu’une chose : le champ des opportunités reste ouvert en ce qui concerne le campus de Gerland et nous restons à l’écoute et ouvert pour toute proposition ou suggestion. Nous avons déjà fait des choses en association avec les étudiants, et ceci n’est pas anodin ; en effet, ce n’est pas le cas partout, et nous sommes en train de travailler pour passer encore à un autre stade d’association autour du projet.

Le campus de Gerland sera également plus vert que celui d’Ecully. Concrètement, quels aménagements et mesures vont être mis en place pour assurer cette transition écologique ? De quels labels écologiques disposera notre nouveau campus ?

Nous pourrions passer énormément de temps sur ce sujet puisque l’aspect écologique est au coeur du projet Gerland. Pour vous répondre précisément, nous avons la volonté de construire un équipement aux meilleurs standards actuels de la construction durable et avons donc fixé les exigences en termes de labels dans le contrat avec le promoteur. Nous aurons donc une certification HQE niveau excellente (ndlr. cette certification est remise au bâtiment recelant d’un équilibre entre respect de l’environnement, qualité de vie et performance économique), BREEAM niveau very good (ndlr. Building Research Establishment Environmental Assessment Method). Ces dernières certifient qu’un bâtiment est conçu et construit dans l’idée de faire des efforts manifestes et supplémentaires par rapport à la réglementation. Les bâtiments reconnus par ces certifications sont donc plus performants au niveau de l’efficacité énergétique, de l’efficacité environnementale. Nous souhaitons également pouvoir prétendre à deux autres types de labels : les labels digitaux qui commencent à se développer dans le monde de la construction comme le label R2S qui garantit que le bâtiment pourra évoluer pour supporter l’ensemble des innovations de digital et d’information; et des labels qui relèvent de la qualité de vie au travail comme la certification OsmoZ, dont devrait disposer le campus, qui reconnaît une qualité des conditions et des espaces de travail supérieures aux exigences réglementaires (qualité de l’air, qualité de l’eau, compter le nombre de pas des utilisateurs pour garantir que leur vie professionnelle leur permette de rester en bonne santé physique…). Nous serons donc aux meilleurs standards possibles au niveau construction durable mais nous irons plus loin en développant deux aspects fondamentaux.

La connectivité et l’accessibilité, d’une part, avec un campus extrêmement bien desservi à quatre arrêts de métro de la gare Part-Dieu, soit deux heures quinze depuis Paris Gare de Lyon; un bilan carbone bien meilleur qu’il ne l’est aujourd’hui. En effet, bien que cela soit difficile à évaluer en amont, avec une meilleure accessibilité via les transports en commun le nombre d’étudiants et de membres du staff utilisant leur voiture pour venir travailler devrait être réduit (24% des étudiants déclaraient venir régulièrement jusqu’au campus en voiture en 2018). De plus, nous avons fait des choix pour limiter notre empreinte carbone dès la construction en ne construisant pas de parking par exemple, évitant de couler un grand nombre de mètres cubes de béton et donc de CO2 émis pour créer une nappe de parkings souterrains qui par essence seront monofonctionnels et pas évolutifs alors que demain la place de la voiture individuelle en ville ne sera vraisemblablement pas aussi importantes qu’aujourd’hui. L’idée est de privilégier les logiques de mutualisation qui se développent de plus en plus avec, dans ce cas précis, une mutualisation du parking avec d’autres entreprises.

D’autre part, la conception architecturale fondée autour de deux mots clés : adaptabilité et réversibilité. Le projet retenu in fine dans le cadre du concours était le plus adaptable et le plus réversible. L’idée est de ne pas obérer l’avenir en raison de la construction. Le but n’est pas de créer un “éléphant blanc”, soit un objet architectural très spécifique et unique, mais bien un bâtiment adapté à une évolution voire même à une reconversion en logements ou bureaux par exemple. En effet, grâce à cette adaptabilité, nous pouvons avoir l’assurance que, même si emlyon décidait de déménager de nouveau dans 20 ans, la construction pourrait être transformée pour une autre utilisation. Aussi, le gaz carbonique émis pour les matériaux, la construction et le fonctionnement de demain ne seront pas perdus car changer l’utilité des locaux n’impliquera pas de les raser.

Une fois cela dit, il resterait encore beaucoup de choses à dire sur le respect de l’environnement sur notre nouveau campus ! Nous pourrions parler de l’aspect énergétique, de l’aspect système constructif, de l’alimentation en chaleur du site qui se fera grâce à un raccordement au système de chauffage urbain basé sur des énergies renouvelables à 65%… Bref, ce projet recèle de nombreuses vertus que nous essayons d’intégrer. De plus, je vous parlais d’empreinte carbone tout à l’heure, nous sommes actuellement en train de mener une réflexion dans le but d’optimiser toujours et encore le bilan carbone de l’opération. Pour se faire, la réflexion s’articule autour de trois grands axes : éviter, réduire, compenser. Nous avons essayé au maximum d’éviter ou de limiter la production de gaz à effet de serre dans le cadre de la conception du projet. Pour cela, nous cherchons à faire des choix de matériaux et de modes de fonctionnement qui nous permettront, demain, de réduire l’empreinte environnementale du site dans son fonctionnement avec le smart building qui permet de faire en sorte que le bâtiment fonctionne selon les usages constatés (lumière, chauffage et climatisation s’éteignant automatiquement dans les salles vides). Enfin pour l’aspect “compenser”, la réflexion reste à mener avec le staff comme les étudiants afin de déterminer le projet de compensation carbone que nous pourrions mettre en place. Les possibilités dans ce cadre sont presque infinies. Nous pourrions, par exemple, envisager de créer une forêt emlyon quelque part sur la planète pour compenser le gaz carbonique émis lors de la création du site de Gerland. Pour conclure, il est possible de développer beaucoup de belles et de bonnes idées à l’avenir sur ces sujets.

Selon vous, quels sont les principaux avantages de ce nouveau campus pour les étudiants d’emlyon ?

Pour ce qui est du niveau de service auprès des étudiants, il y a deux aspects dans la réponse. Premier aspect, le bâtiment est conçu sur cinq niveaux : rez-de-jardin, rez-de-chaussée et trois étages. Nous imaginons tout le socle du bâtiment comme un immense espace de services destinés à la vie et l’animation de l’ensemble de la communauté emlyon. Cela implique : restauration, animation événementielle, vie associative… Nous avons fait le choix de situer ces services à cet endroit précis car c’est le lieu de communication avec l’extérieur. Pour les associations, c’est l’occasion d’organiser des événements destinés à un public large au sein même du campus et au coeur de Lyon. Ainsi, le socle sera un immense espace de services et nous savons déjà quels services implémenter. Reste à définir leur articulation dans les locaux.

Deuxième aspect plus indirect car lié à la localisation : en étant dans Lyon les étudiants pourront bénéficier de l’ensemble des services de la ville. Une question s’est posée au moment de la construction : faut-il construire une salle de sport privative sachant que l’espace est limité ? En effet, il y a énormément de salles de sport à Lyon à proximité immédiate du campus. Aussi, avons nous pris la décision de ne pas construire en propre ce type d’espace mais de privilégier les partenariats avec des services déjà existants que l’on ne peut pas avoir en autonomie dans notre zone d’implantation et de négocier des capacités d’accès pour nos étudiants. La ville est un système mutualisé de services, d’opportunités et d’accessibilité duquel nos étudiants pourront bénéficier en plus des services sur le campus de Gerland qui monteront en qualité par rapport à Ecully.

Enfin, le campus dispose d’un grand espace extérieur privatif avec un amphithéâtre extérieur ou il sera possible d’organiser des animations. Aussi, même si le campus de Gerland sera moins étendu que celui d’Ecully en terme de surface (on passe de 8 à 2,5 hectares) l’idée est que tous les espaces soient utilisés et fréquentés sur ce nouveau campus quand les jardins du campus d’Ecully sont actuellement peu voir pas utilisés par exemple. L’intensité de service sera donc bien plus intéressante et plus forte sur le site de Gerland et ils seront concentrés autour du socle, des espaces extérieurs et, plus largement, de la ville.

Pourriez-vous me donner un ou plusieurs adjectifs qui, selon vous, définissent le mieux ce projet ?

Volontariste et audacieux, puisque c’est une opération significative en terme de taille. En effet, un projet de trente mille mètres carrés est un projet d’ampleur et il y en a peu sur une ville comme Lyon. De plus, en tant que maître d’ouvrage et futur propriétaire du terrain et des murs, l’école prend en main son destin et pour ce faire, il faut de l’audace et du volontarisme.

Adaptable et réversible dans la construction, comme je l’expliquais tout à l’heure, dans le but d’être flexible, adaptable et évolutif. Accueillant et ouvert, car le campus est pensé, depuis le début, comme un projet permettant à l’école d’être la plus ouverte et accueillante possible pour l’extérieur tout en maintenant les normes de sécurité.

Citoyen et engagé sont également importants, car ils traduisent la volonté de l’école de se re-positionner au coeur de l’activité et de la vie de la cité proche de l’animation culturelle, économique et sociale pour en devenir un acteur plus visible.

Nous arrivons à présent au terme de cette interview, aussi aimerions-nous vous demander s’il y a une question que nous ne vous avons pas posée, mais à laquelle vous auriez souhaité répondre ?

Pour conclure, j’aimerais insister à nouveau sur l’importance de la stratégie climat. En effet, vous m’avez parlé d’environnement, mais je me rend compte, bien souvent, que les étudiants que je rencontre sur les sujets de RSE, d’environnement et de climat ont souvent des questionnements assez larges et génériques et assez peu spécifiques. Aussi, l’expérience m’a montré que les étudiants se cherchaient un peu sur ces sujets et n’ont pas forcément un référentiel ou un cadre clair en tête.

C’est pourquoi, s’il y avait une question que j’aurais aimé que vous me posiez cela aurait été: est-ce que le projet immobilier d’emlyon à Gerland s’inscrit dans une stratégie climat de la maison emlyon ? J’ai en partie répondu à cette question tout à l’heure en insistant sur le fait que cette démarche est assez implicite depuis le lancement du projet et je pense qu’il faut développer les discussions autour de ces aspects et que ce projet peut être une opportunité pour permettre à la communauté emlyon de se projeter dans le monde de demain au sens climatique. Des questions intéressantes pourraient être : Comment sera le monde climatique de demain ? Ou comment le projet permettra à emlyon de répondre à ce défi climatique ?