Les cours de l’EM sont-ils bullshit ?

Les cours de l’EM sont-ils bullshit ?

L’école de commerce incite les étudiants à adopter une posture de cadre d’entreprise. Le savoir qui y est enseigné doit être orienté vers l’entreprise, il est présenté comme tel et non comme ayant un intérêt en soi. Nombre d’étudiants intègrent cette logique et demandent que cette préparation à l’entreprise soit à la hauteur du prix qu’ils payent ; ils attendent un retour sur investissement. Cela se traduit par des plaintes comme « on n’est pas bien préparés à tel ou tel processus de recrutement ». En école de commerce, les cours sont présentés comme étant utiles non pour l’étudiant en tant que citoyen mais pour l’étudiant en tant que futur membre du système économique (salarié, patron ou indépendant). On n’apprend pas la comptabilité par plaisir, mais car c’est un outil indispensable pour toutes les entreprises. Ce type de remarques n’existent pas en classes préparatoires. Dans ces classes, l’utilité des cours est soit ramenée à la préparation des concours, soit elle n’est pas remise en question. Si l’utilité des cours n’est pas remise en question, c’est qu’ils ont un intérêt en eux-mêmes.

 

Le discours de certaines écoles de commerce ces dernières années pourrait faire penser à un revirement sur le but qu’elles se donnent. En effet, certains affirment que la « révolution numérique » qui serait en cours empêcherait les « décideurs » d’anticiper le futur système économique. Si les futures compétences indispensables en entreprise sont inconnues, il devient illusoire de vouloir les enseigner aux étudiants. Cela n’empêche pas les écoles de toujours avoir pour objectif que leurs étudiants soient à l’aise dans ce futur environnement économique, certain ou non. En un mot, les écoles travaillent toujours à l’employabilité de leurs étudiants. Ce but bien défendable escamote l’intérêt de l’enseignement lui-même. Dans les deux cas, les préparationnaires (comme les universitaires admis sur titre) sont ainsi conditionnés à subir des désillusions lors de leur entrée en école : il n’y a plus de concours à préparer, et les cours n’ont pas d’intérêt en eux-mêmes pour autant. Et l’emploi du temps étant beaucoup moins chargé, les étudiants ont subitement plus de temps pour se poser ces questions.

 

Un autre élément du vide des cours en école est le concours lui-même. Le mérite gagné par le concours perdure à la sortie du système éducatif, et dans la société en général. Une grande part du statut social reste attaché à des titres scolaires. Dans l’entreprise privée, les recruteurs choisissent les diplômés des « meilleures » écoles, en l’occurrence celles ayant le concours d’entrée le plus sélectif. Le statut des diplômés d’une école de commerce est donc directement lié au concours. Or, ce concours ne fait pas partie de l’école elle-même. Le concours d’entrée n’a rien de commun avec la scolarité et la formation universitaire dispensée ensuite dans l’école de commerce. Donc, si le concours détermine le statut futur, quel intérêt peut avoir la formation à laquelle il permet d’accéder ?