L’Actu géopo du mois de mars

L’Actu géopo du mois de mars

SEMAINE DU 25 FEVRIER AU 3 MARS

VIVES TENSIONS AU CACHEMIRE : L’INDE ET LE PAKISTAN A COUTEAUX TIRES

Le 14 février dernier, un attentat suicide tuait 40 soldats indiens dans l’Etat du Jammu-et-Cachemire. L’attentat a rapidement été revendiqué par le groupe terroriste islamiste JeM Jaish-e-Mohammed « Armée de Mahomet », groupe basé au Pakistan et actif dans la région du Cachemire. Le Pakistan, dont les services secrets ont parfois été accusés de soutien à l’organisation terroriste, dément toute implication dans cette attaque meurtrière.

La réaction indienne fut rapide et virulente, et trois membres de JeM ont été tués trois jours après l’attentat. C’est cependant le 26 février que les tensions entre les deux puissances nucléaires ont véritablement pris une autre dimension. L’Inde affirme avoir mené un raid aérien meurtrier sur un camp de base de JeM, au sein du Cachemire pakistanais. Ceci est démenti par Islamad, l’état Pakistanais affirmant que les bombes larguées par les avions indiens n’ont fait ni dégâts, ni victimes.

Suite à cette ingérence, le Pakistan a fermé complètement son espace aérien et la situation devient confuse, chaque pays affirmant avoir abattu un avion de l’autre lors d’un affrontement.

Le premier ministre pakistanais a tout de même ouvert la porte à la négociation avec l’Inde, pour laquelle ce moment est crucial. Les élections auront en effet lieu dans quelques semaines, et Narendra Modi a placé les tensions avec le Pakistan au cœur de sa stratégie de campagne électorale.

THERESA MAY FAIT EVOLUER SA STRATEGIE ET ENVISAGE UN REPORT DU BREXIT

Nouveau rebondissement à Londres : la première ministre britannique a pour la première fois envisagé un report du Brexit « Le Royaume-Uni ne partira sans accord le 29 mars que s’il y a un consentement explicite de la Chambre pour cette issue ». 

Etant donné la réticence de la majorité des parlementaires à ce scénario, la volonté d’éloigner la perspective d’un No-Deal est claire. 

Ce faisant, Theresa May réduit également la pression que les ministres hostiles au No-Deal exerçaient sur la pensionnaire du 10 Downing street en menaçant de démissionner du gouvernement. 

Selon le nouveau calendrier proposé, Theresa May proposera à nouveau son accord aux parlementaires le 12 mars, après avoir tenté d’obtenir des concessions de Bruxelles sur le backstop (problématique du blocage de la frontière Irlandaise). 

En cas de refus, elle proposera un report « court et limité », afin de trouver une nouvelle alternative au No-Deal, dont la menace plane depuis déjà plusieurs semaines.


SEMAINE DU 4 AU 10 MARS

LES DERNIERES HEURES DE L’ETAT ISLAMIQUE

En Syrie, le dernier bastion de l’Etat Islamique résiste encore face aux forces démocratiques syriennes. Et les combats continuent toujours autour de la dernière zone habitée aux mains de l’Etat Islamique, qui se trouve à Baghouz en Syrie. Mardi 5 mars, pas moins de 400 combattants de l’Etat Islamique, tentant de fuir, ont été arrêtés par les forces démocratiques syriennes. Au total, depuis le mois de décembre, plus de 58 000 personnes ont abandonné Baghouz et l’Etat Islamique, et parmi eux plus de 6 000 djihadistes ont été arrêtés.

Ces personnes, qui sont pour la plupart blessées, ont quitté l’ultime lieu du « califat » proclamé par l’Etat Islamique. Cette zone se vide au fur et à mesure de ses derniers survivants. En perdant petit à petit l’autorité autour de Baghouz, l’Etat Islamique perd son emprise territoriale en Syrie. Daesh avait déjà perdu son influence territoriale en Irak en 2017. Cependant, l’Etat Islamique n’a pas encore perdu son influence idéologique. Le groupe terroriste existe toujours sous forme clandestine, en témoigne les nombreuses revendications des attentats au Moyen-Orient et en Occident.

Au milieu de ce combat, la population syrienne essaye tant bien que mal de retrouver une vie normale. Alep, ancienne place forte des rebelles reprise par le régime de Bachar al-Assad fin 2016 après 4 ans de combats meurtriers, en est le symbole. En effet, un projet de grande ampleur visant à réhabiliter le fameux souk de Saqtiya à Alep est en train de voir le jour. Ce vieux souk ainsi que de nombreux vestiges du X et XIe siècles ont été réduits en cendre lors de la guerre dévastatrice.

CRISE POLITIQUE AU CANADA

C’est une crise politique sans précédent qui secoue le Canada et son premier ministre Justin Trudeau. En moins de trois semaines, pas moins de deux ministres et une personnalité du gouvernement libéral ont démissionné à la suite d’accusations d’ingérence contre le premier ministre dans une procédure judiciaire.

Cette procédure judiciaire visait le géant du BTP québécois SNC-Lavalin. La première à avoir démissionné, la ministre de la justice Jody Wilson-Raybould, expliquait avoir subi des pressions de la part du premier ministre pour qu’elle évite un procès au groupe québécois. Ce dernier est accusé depuis 2015 de corruption et d’avoir versé des pots-de-vin (l’équivalent de 32 millions d’euros) au dictateur Mouammar Kadhafi entre 2001 et 2011, afin de décrocher des contrats locaux. La ministre de la justice a refusé de signer un accord permettant à l’entreprise canadienne d’échapper à un procès. A l’heure actuelle, un procès est toujours d’actualité mais la date n’est pas prévue.

C’est un coup dur pour Justin Trudeau, qui à moins de 7 mois des élections législatives se retrouve affaibli. Son principal conseiller, Gerald Butts, ainsi que la ministre du budget, Jane Philpott, ont démissionné. Cet affaiblissement se ressent dans les sondages, et pour la première fois, le parti conservateur de l’opposition, se retrouve avec une avance de 10% dans les intentions de vote.

Pour tenter d’éclaircir la situation, Justin Trudeau a convoqué la presse ce jeudi 07 mars où il affirmait qu’aucune intervention « partisane et inappropriée » avait eu lieu envers sa ministre de la justice. Reste que le chef du gouvernement libéral, n’a que quelques mois avant les élections pour convaincre son peuple et redorer son blason.


SEMAINE DU 10 AU 17 MARS

LA NOUVELLE-ZELANDE FRAPPEE PAR L’HORREUR

Un attentat terroriste a été perpétré à Christchurch ce vendredi 15 mars, faisant 49 morts et 90 blessés, dont 20 gravement touchés. Cet acte a laissé en état de choc la Nouvelle-Zélande et la communauté internationale par sa grande violence mais aussi et surtout par la façon dont il s’est déroulé. C’est en effet un scénario aussi morbide qu’inédit qui s’est joué à Christchurch ce vendredi.

Cet attentat fait ainsi la une de toute la presse internationale, alors que des attentats sont perpétrés de façon quasi-journalière dans le monde, car la Nouvelle-Zélande n’a connu que très peu d’actes terroristes meurtriers. Le dernier en date n’est autre que le sabotage du Rainbow Warrior coulé par les services secrets français en 1985 faisant un mort parmi l’équipage du bateau de Greenpeace.

Si cet attentat défraie autant la chronique c’est aussi du fait de ses motivations. En effet, l’attaque a eu lieu contre les mosquées d’Al-Noor et de Linwood (à cinq kilomètres de là). Arrêté par la police, l’auteur présumé des faits, Brenton Harrison Tarrant (un Australien de 28 ans), a publié sur Twitter avant l’attaque un « manifeste » de 74 pages rappelant les heures sombres de d’humanité. Son idéologie y apparait empreinte de suprémacisme blanc, de racialisme, de fascisme ainsi que de néonazisme. Inspiré par la théorie du grand remplacement, citant en exemple Anders Breivik (auteur des attentats d’Oslo en 2011), il fait aussi référence à la France, décrivant que la défaite de Marine Le Pen aux dernières présidentielles comme un des déclics l’ayant poussé à passer à l’acte.

Elément rendant cette attaque plus morbide et inédite encore, l’auteur des attentats a diffusé en direct sur Facebook les images de la tuerie à l’aide d’une caméra embarquée. Toujours sur les réseaux, l’image d’un kiwi (animal symbole de la Nouvelle Zélande) en pleurs est devenue le témoin de la condamnation internationale unanime de cet acte.