Monthly Diplo septembre 2019
Demonstrators march along Corrientes avenue against the economic policies of the government of Argentine President Mauricio Macri during a protest on August 30, 2019, in Buenos Aires. Recession-hit Argentina has been whipped by market volatility since business-friendly Argentine President Mauricio Macri was trounced in party primaries three weeks ago by leftist challenger Alberto Fernandez. / AFP / RONALDO SCHEMIDT

Monthly Diplo septembre 2019

Revue de l’actualité géopolitique du mois de septembre avec Diplo’mates, association étudiante à emlyon.

Semaine du 2 au 8 septembre

RUSSIE – UKRAINE : LE RÉCHAUFFEMENT TANT ATTENDU ? 

Les rumeurs enflaient de part et d’autre depuis plusieurs jours mais l’hypothèse d’une telle avancée étant encore bien incertaine. Et pourtant ce samedi 8 septembre 2019, un avion en provenance de Moscou a atterri sur le tarmac de l’aéroport de Kiev avec à son bord 35 prisonniers ukrainiens auparavant détenus en Russie. Leurs 35 homologues russes ont eux aussi démarqué à Moscou.

Parmi ces 35 prisonniers, on retrouve notamment 24 marins ukrainiens mais également le cinéaste Oleg Sentsov dont la libération était réclamée de longue date par la communauté internationale. Arrêté en Crimée en 2014 pour préparation « d’actes terroristes » selon la police russe, cet activiste qui critiquait l’annexion de sa région natale par les troupes du Kremlin avait été envoyé dans une prison en Sibérie. Malgré sa grève de la faim de plus de 145 jours, sa situation n’évoluait pas depuis de nombreux mois. Les Russes ont aussi pu récupérer certains prisonniers, à l’image de Vladimir Tsemakh, 58 ans, chef de file des séparatistes dans l’Est de l’Ukraine qui avait été capturé par les renseignements ukrainiens il y a quelques semaines.

Cette étape marque un tournant majeur dans les relations entre les deux pays qui n’est pas sans lien avec la réchauffement de la relation entre les deux dirigeants Vladimir Poutine et Volodymir Zelinsky, qui ne cachent pas leur envie de collaborer davantage. Par ailleurs, ce transfert intervient alors que les négociations sur le processus de paix en Ukraine vont reprendre avec autour de la table les diplomaties allemande et surtout française qui semblent faire de ce sujet l’une de ses priorités dans un contexte d’ ouverture diplomatique avec la Russie de Poutine.

Sources : France 24, Libération

JAPON – CORÉE DU SUD : UN PASSÉ QUI NE PASSE  PAS DU TOUT

Depuis quelques semaines, les tensions sont de nouveau présentes entre les deux pays asiatiques. Ce regain a pour origine une décision de la Cour Suprême sud coréenne qui autorise les travailleurs forcés sous l’occupation nippone (1910-1945) à demander réparation au gouvernement japonais. Ce dernier a rétorqué que ces questions avaient déjà été résolues au travers du traité de 1965 où le Japon s’était engagé à verser à la Corée du Sud 550 millions de dollars en guise dédommagement.

Toutefois, toujours enclin à attiser un nationalisme rampant, le gouvernement japonais de Shinzo Abe a décidé de ne pas en rester là et a infligé des premières sanctions économiques à la Corée du Sud. Ainsi, les exportations technologiques japonaises de pointe indispensables aux géants sud-coréens sont désormais limitées. En réponse, un  boycott de l’ensemble des produit japonais s’est organisé à Séoul et dans le reste du pays. Le secteur automobile pâtit particulièrement de cette crise ; entre juin et août 2019 les ventes de Toyota en Corée du Sud ont chuté d’environ 32%. Des risques d’un impact négatif sur le PIB sud-coréen sont également prévisibles ; rien que la balance commerciale est largement négative à l’heure actuelle pour Séoul.

A cela s’ajoute, un conflit diplomatique qui refait surface régulièrement concernant la propriété des îles Dokdo et des îles Takesshima situées à équidistance des deux pays et dont le statut est pour le moment irrésolu. Ces tensions au plus haut niveau de l’Etat ne font qu’exacerber la haine qui demeure entre les peuples sud-coréen et nippon.

Sources : Courrier International, La Croix

SOUDAN : LA PAIX COMME SACERDOCE

S’il est commun de constater la multiplication des zones de conflits militaires, politiques ou encore économiques sur la surface de la planète, il est plus inhabituel de se réjouir de la pacification d’un territoire. Et pourtant, l’exemple soudanais, bien qu’il n’en soit qu’aux balbutiements de son processus de transition, ne peut que donner espoir.

Au pouvoir depuis 1989, le président Omar-El-Béchir a quitté ses fonctions suite au puissant mouvement de contestation populaire et pacifique initié en décembre dernier. Après des années d’un despotisme sans merci, la multiplication du prix du pain par 4 a été le détonateur d’une crise sans précèdent. Il revient désormais au nouveau chef du gouvernement de transition Abdallah Hamdok de relever les défis immenses auxquels est confronté ce pays de 41 millions d’habitants.

Le premier d’entre eux est d’instaurer une paix durable notamment dans les régions en proie à des soulèvements rebelles depuis plusieurs années : le Darfour, la région du Nil Bleu… Certains groupes rebelles ont d’ores et déjà fait savoir qu’ils comptaient collaborer avec le nouveau gouvernement. Par ailleurs, pour un pays qui a été sous embargo américain jusqu’en 2017, il s’avère indispensable de redresser une économie bien mal en point. Le ministre de l’économie et des finances a déjà demandé un prêt de 10 milliards de dollars auprès de la Banque Mondiale.

Plus largement, ce gouvernement doit permettre au Soudan d’entrer dans l’ère démocratique en organisant dans les trois ans qui viennent de véritables élections et en purifiant un système corrompu et gangrené par la violence.

Sources :Jeune Afrique, RFI


Semaine du 9 au 15 septembre

SYRIE: IDLIB, LE DERNIER REMPART DE L’OPPOSTION SYRIENNE

Les forces de Bachar al-Assad sont sur le point de vaincre l’opposition. La ville de Idlib dans le nord du pays, près d’Alep est l’un des derniers territoires stratégiques qui échappent au régime. La date précise de la victoire des forces de Bachar al-Assad sera définitive lors de la chute de cette ville : 3 millions de personnes y habitent, dont beaucoup de déplacés d’autres régions syriennes. La zone est contrôlée par les rebelles les plus farouches, des djihadistes liés à Al-Qaeda qui ne rendront pas les armes facilement.

Il est vrai que pendant cette longue guerre qui dure depuis huit ans l’opposition a par moments poussé le gouvernement au bord de la défaite. Mais al-Assad tout en ignorant les menaces des puissances occidentales a su mettre de son côté l’Iran et la Russie. Il a désormais une grande dette envers ces deux pays puisque c’est bien grâce à eux et aux armes, conseils et argent qu’ils lui ont pourvus qu’il peut aujourd’hui remporter la guerre.

Cette guerre laisse cependant une Syrie détruite, huit ans de guerre civile ayant mis à terre l’économie et fait 500 000 millions de morts.

Quand la guerre sera finie, les tensions qui menaçaient le régime à ses débuts ne seront qu’exacerbées. Les Sunnites, persécutés par les forces du gouvernement resteront une forte force d’opposition. Par ailleurs, la Syrie est en ruine, son PIB représente un tiers de ce qu’il était avant la guerre, et la reconstruction du pays représentera un coût très élevé. Enfin, n’oublions pas la dette que al-Assad a envers l’Iran et la Russie ; ils s’attendent à ce qu’elle soit remboursée, avec intérêts.

Sources : The Economist, Le Figaro, Reuters (Photo)

LA CRISE EN ARGENTINE

Mauricio Macri, le président de l’Argentine vient d’annoncer l’imposition de mesures d’urgence de contrôle de devises. Presque tous les Argentins considèrent que ces mesures marquent dans les faits la fin de ses années au pouvoir. Cela confirme aussi que l’Argentine est redevenue le paria des marchés émergents.

Les contrôles limitent la quantité de dollars que les Argentins peuvent acheter et forcent les entreprises exportatrices à rapatrier leurs revenus. Par ailleurs, le gouvernement a annoncé qu’il y aurait un retard dans le paiement de la dette à court terme et qu’il cherche à négocier une extension pour la dette à long terme. Ces mesures qui visent à empêcher une fuite des capitaux et à stabiliser le peso représentent une humiliation pour M. Macri, un homme d’affaires qui promettait au début de sa présidence de raviver l’économie en éliminant les contrôles.

Demonstrators march along Corrientes avenue against the economic policies of the government of Argentine President Mauricio Macri during a protest on August 30, 2019, in Buenos Aires. Recession-hit Argentina has been whipped by market volatility since business-friendly Argentine President Mauricio Macri was trounced in party primaries three weeks ago by leftist challenger Alberto Fernandez. / AFP / RONALDO SCHEMIDT

Les investisseurs étrangers firent confiance à Macri et quand l’Argentine rencontra des difficultés en 2018, le FMI appuya en leur concédant un prêt de 57 milliards de dollars.

Un an plus tard, la situation pourrait difficilement être pire et l’inflation dépasse les 50%, le peso a chuté de 30% dans les 12 derniers mois.

Est-ce la faute d’une mauvaise gestion de Macri ? Peut-être, mais il ne faut pas sous-estimer la responsabilité de l’ancienne présidente, Cristina Fernández de Kirchner, qui se présente en tant que vice-présidente lors des élections présidentielles d’octobre prochain.

Mme. Fernández a laissé derrière elle un important déficit, des statistiques manipulées et des dépenses publiques beaucoup trop hautes.

Macri et le FMI ont fait des erreurs de gestion mais c’est le spectre du retour du populisme qui a fini par miner la confiance des investisseurs. Alberto Fernández et Mme. Fernández (aucune relation entre eux) ont été les grands gagnants lors des primaires présidentielles en août dernier et sont presque certains de gagner en octobre.

Sources : Le Monde, The Economist, AFP (Photo)


Photos : 

Russie – Ukraine : https://www.lepoint.fr/images/2019/09/07/19283701lpw-19285262-article-jpg_6483350.jpg

Argentine : https://img.lemde.fr/2019/09/05/0/0/5568/3712/688/0/60/0/8dcaa55_8oDPdyBG3OQ9Rp6cB1t21yh_.jpg