À la rencontre des présidents des quatre assos à liste, le Ski Club, le BDE, le BDA et le PP

Comment se sont formées vos listes ?

 

Ludovic Lhuillier (Pand’Ice) : Les “Pand’Ice” se sont formés en plusieurs étapes : d’abord, un noyau dur d’une dizaine de personnes, qui voulaient tous lister Ski Club. On s’est rencontrés par petits groupes en discutant à l’em, en HH ou pendant les cours. Ensuite, pour les autres membres, on a recruté en invitant des gens à des soirées ou en se rencontrant les après-midis tous ensemble à l’em ; tout ça pour voir si une cohésion générale se mettait en place. On s’est rapidement rendus compte que ça fonctionnait bien; on était alors plus de 20. On a recruté les derniers au cas par cas. Vers la mi-octobre, la liste était complète.

En définitive, la constitution de la liste a pris environ 1 mois. Ce mois de gestation est, selon moi, nécessaire pour aboutir à une liste harmonieuse et qui se connait déjà assez bien avant le début des campagnes.

 

Alice Crabeil (Kill Beer) : Lorsque j’ai intégré la liste, il y avait déjà une bonne dizaine de personnes. Les “Kill Beer” se sont formés au départ autour de quelques personnes qui se sont rencontrées pendant le mois de septembre. J’avais, de mon côté, rencontré d’autres personnes qui voulaient lister BDE. La liste s’est formée petit à petit : si nous connaissions des personnes qui voulaient lister BDE avec nous, nous organisions une soirée ensemble pour se rencontrer. C’est au fur et à mesure de ses soirées (et des discussions à l’em autour d’une pinte) que la liste s’est formée. Pour monter une liste solide, il est essentiel de prendre le temps d’apprendre à se connaître avant les campagnes. L’équipe doit en effet être soudée car les campagnes sont difficiles. Néanmoins, il ne faut pas non plus que le recrutement se fasse par des entretiens formels où on ne cherche que des gens qui nous ressemblent. Au contraire, il faut des personnes différentes mais qui s’entendent bien pour former une bonne liste.

 

Robin Rodriguez (Sons Of An’Art’Chy) : En ce qui concerne les listes BDA, tout s’est passé relativement vite. Dès le WEI, j’ai rencontré pas mal de “Yakuz’Art” qui m’ont présenté à d’autres personnes qui s’intéressaient au BDA. De retour à Ecully, on a décidé de se retrouver à la Tête d’Or pour un pique-nique posé, afin de faire connaissance. Le courant est très bien passé ; d’ailleurs, parmi les 15 personnes présentes, seules 2 ne sont pas des “Sons” aujourd’hui. Mais on a décidé de ne pas s’engager tout de suite à lister ensemble : on aimait juste se rencontrer autour d’une bonne bouteille de vin et d’un peu de saucisson, et on trouvait dommage de s’enfermer dans une liste avant d’avoir rencontré plus de monde. Le lendemain, une conversation facebook était créée. Chacun y ajoutait les personnes qu’il avait rencontrées et qui voulaient lister BDA. On a continué les pique-niques (sur les quais pour la plupart) et on a très vite été plus de 60 sur la conv’. C’est alors qu’on s’est dits qu’il fallait commencer à se séparer. Les deux listes se sont alors montées naturellement autour de deux noyaux durs qui, au début, pensaient lister ensemble.

 

Thomas Hilico (“Les Canailles Laquées”): On s’est retrouvés par affinité principalement. On a très vite formé un premier cercle toujours enclin à festoyer ensemble. Un soir, plusieurs personnes avaient proposé que les Prémas décidés à lister se retrouvent dans certains lieux. Notre appartement fut un de ces lieux. L’ambiance était enthousiaste au départ mais est très vite devenue désagréable. Il y avait une sorte d’agitation incontrôlée (liée sûrement à la peur que pouvaient éprouver certains de ne pas trouver chaussure à leur pied). Dans la période de formation des listes, c’est important de prendre le temps de connaître les gens, avant de formuler de vrais engagements; exercice difficile tant l’euphorie du moment domine, mais nécessaire si l’on veut éviter les déconvenues ou les conflits plus tard. Vous allez vivre les uns sur les autres pendant 2 mois. S’il y a un membre de la liste dont la présence provoque chez vous des réactions de type démangeaison, spasme, voire tout simplement petit rictus contrit au mois d’octobre, le risque d’un accrochage violent et irréversible fin Janvier est très élevé.

Ensuite, chacun a ramené ses copains de promo aux soirées et on a su s’accorder après maintes discussions sur les personnes qu’on voulait intégrer dans le groupe. Finalement, une vraie alchimie s’est formée entre toutes ces personnes un peu zinzins, toutes mues par la volonté de vivre quelque chose de très fort collectivement.

 

On sait que les campagnes demandent beaucoup de la part des listeux, est ce que cette pression n’a pas tendance à entraîner plus de conflits ?

Ludovic : Les sources de conflits sont nombreuses dans une liste en campagne : l’absence de hiérarchie (et donc la répartition parfois hasardeuse des tâches plus ou moins cools), les désaccords sur le temps donné aux cours par rapport à la campagne, les “passagers clandestins”, le bordel au QG qui peut parfois faire vriller ses membres si rien n’est fait, la fatigue après avoir bossé 24h pour la liste, etc. Tous ces potentiels conflits peuvent empoisonner une campagne s’ils ne sont pas bien gérés et surtout anticipés.

 

Thomas : Dans le contexte des campagnes et globalement dans la vie associative, il faut partir du principe que les conflits sont inévitables. Ils font partie de la vie du travail en groupe. S’ils sont exprimés par des cris, des effusions d’émotions et j’en passe (avec parcimonie quand même), c’est même plutôt sain. Rien de pire pour un groupe que les petites remarques bitchy en scred autour d’une énième fresque, le cerveau altéré par le manque de sommeil et les produits chimiques des  peintures. Encore pire, les questions faussement naïves de type « tu fais quoi en ce moment? », la mâchoire crispée et les yeux mauvais (qui traduisent le réel sens de l’interrogation). Je ne vais pas m’improviser spécialiste des thérapies familiales (quoique), mais je me permets quand même un bon vieux « rien de mieux qu’une communication fluide et régulière ». Aussi, le travail en amont des soirées et autres réjouissances (teambuilding mon pote!) doit-il être conséquent et régulier. Une fois ce vécu commun constitué et qui aboutit à la fameuse bande de potes dont on vous parle tous (lorsqu’elle ne finit pas éclatée en trois ethnies haineuses sous le coup des assauts de coachettes), il faut quand même essayer de mener à bien un projet constructif ensemble. Les défis de novembre constituent une bonne opportunité de faire des trucs ambitieux qui vous permettront d’avoir une confiance sur laquelle vous pourrez capitaliser pour les défis suivants. Enfin, on a tous, en soi, de vilains germes de rancoeur, de susceptibilité et autres irritabilités. C’est bien d’en avoir conscience avant de déverser un torrent d’horreurs sur un co-listeux parce qu’il n’a pas rebouché un tube de colle.

 

Alice : Si déjà pendant la campagne, la conscience de l’enjeu final nous met sous pression et crée inévitablement des tensions, vers la fin des campagnes, les conflits se multiplient. Mais c’est aussi comme ça qu’on voit si une équipe fonctionne bien. Comme je le disais dans la question précédente, c’est important d’avoir pris le temps de se connaître avant les campagnes car pour arriver à tenir sous la pression, il faut déjà être parvenu à former une bonne bande d’amis.

 

Robin : Les campagnes sont longues et usantes, et il n’est pas rare qu’avec la fatigue et le stress, les esprits s’échauffent. Cela n’est pas exclusivement négatif, parce que ça montre tout de même que les membres de la liste ont envie de bien faire, qu’ils ont envie de gagner. Mais dans ces situations, il faut savoir relativiser : en deux mois de campagne, il est impossible de ne pas faire d’erreur; toutes les listes en ont fait, en font, et en feront. Face à ces erreurs, chercher à rejeter la faute sur les autres ne créera que des conflits. Mieux vaut donc essayer de prendre ce qu’il y a de bon dans cet échec (que ce soit en en tirant une bonne leçon ou en s’en servant pour faire un petit bad buzz 😉 ), et ne pas oublier qu’on est avant tout une bande de potes tournée vers le même objectif. C’est pour ça qu’à mes yeux, il faut savoir prendre le temps de souffler, aller se prendre un petit verre en rentrant des cours avant d’aller au QG pour penser à autres chose, essayer de sortir de la bulle que représente la liste (en ce sens, les entraînements de sport collectif aident beaucoup), bref, s’aérer l’esprit pour ne pas penser qu’aux campagnes. C’est une aventure entre potes. Plus on est soudés, plus on a de chances de réussir.

 

 

Quels ont été les moments les plus importants dans l’histoire de votre liste, ceux qui lui ont permis de tenir jusqu’au bout ?

Ludovic : Un week-end tous ensemble en décembre dans la maison d’une Pand’Ice pour tisser des liens forts, les contrats de démarchage glanés qui motivent tout le monde, les défis coachs réussis, le début des campagnes où on se rendait compte qu’on était bien ensemble (Adhémar, 1er HH de campagne), la hotline et enfin l’amphi d’annonce des résultats des présélections, qui était complètement dingue. La CRA, ensuite, c’était beaucoup de pression mais surtout beaucoup de plaisir de faire ça ensemble. Notre objectif initial était déjà atteint, on était là pour kiffer.

La clef du succès selon vous ?

Ludovic : Il y a plusieurs éléments qu’on retrouve dans chaque liste qui va à la CRA : une volonté forte de faire plaisir à notre promo et à celle d’avant, ne jamais choper le boulard peu importe ses succès, et surtout ne pas se prendre trop au sérieux et rester soi-même (c’est-à-dire ne pas changer toute votre organisation parce que vous avez entendu qu’un obscur 2A pense que vous faîtes de la merde).

Après, pour gagner la CRA, il n’y a pas vraiment de solution magique. Ça se joue à des détails dans les jours qui précédent la CRA et le jour J.

 

Thomas:

« Le bon général a gagné la bataille avant de l’engager.

Le mauvais général combat dans l’espoir de vaincre. »

– Sun Tzu (L’art de la guerre)

Outre l’extrême prétention de cette petite citation, je crois vraiment en cette idée que la bataille – en l’occurrence la campagne – est tellement intense que les ressorts qui vont permettre à chaque liste de s’en sortir dans les situations les plus imprévisibles doivent être construits en amont. La connaissance mutuelle des membres de la liste, le fait d’accorder une place à chacun, la dynamique du groupe, bref, le sel du projet, sont créés en amont.

Le reste relève du fortuit, du hasard, d’opportunités saisies ou ratées, mais le principal réside dans la préparation en amont, dès la première étape: la création de la liste.

 

Alice : Deux éléments essentiels sont la cohésion du groupe et l’investissement de chacun des membres. Il faut savoir travailler ensemble, mais il est surtout essentiel que toutes les membres de la liste s’investissent, même si l’investissement n’est pas le même pour tous les listeux. Une liste avec 15 personnes motivées ne peut pas gagner contre une liste où tout le monde s’investit.

Ensuite, trouvez ensemble l’organisation qui vous convient le mieux, n’essayez pas de reproduire le schéma d’une liste qui a gagné parce que ça ne conviendra peut être pas à la vôtre. Cela ne vous empêche pas bien évidemment de demander des conseils.

 

Robin : Ce qui nous a permis de tenir jusqu’au bout, c’est tout simplement qu’on se connaissait tous très bien dès le lancement des campagnes et que l’on connaissait les forces et faiblesses de chacun. S’étant pour la plupart tous rencontrés très tôt dans l’année, nous savions plutôt bien comment fonctionnent les personnes avec lesquelles nous listions. Nous savions sur qui compter lorsqu’il s’agissait d’écrire des textes, de parler en public, de faire du montage vidéo, et nous avons toujours tâché de nous organiser pour que chacun s’investisse un maximum là où il se sentait bien.
Les nombreuses soirées que nous avons fait ensemble (avant comme pendant les campagnes) nous ont vraiment soudés, et les sacrifices faits pour la liste (en termes d’heures de sommeil, par exemple) passaient beaucoup mieux car on savait qu’on faisait ça pour les copains. Un groupe solidaire et qui s’écoute, c’est un bon début.
Ensuite, il faut avoir confiance en soi sans pour autant s’enflammer et prendre le melon : il y aura toujours des personnes pour critiquer ce que vous faites, ça ne signifie pas pour autant que vous faites de la merde. Vous ne plairez jamais à tout le monde, alors ne vous prenez pas la tête et restez cohérents avec vous-même, c’est la meilleure manière d’éviter de se fatiguer pour rien.

 

 

Le jour du “Débat des Prez”, vous étiez seuls face au micro et au public. Comment représenter et défendre 30 personnes à la fois sans s’effacer pour autant ?

Ludovic : Difficile de répondre à cette question sans bullshiter. Chacun a sa personnalité, et c’est ce qui a fait la différence. Pour ma part, j’avais à cœur de montrer que j’aimais beaucoup chaque membre de ma liste, que je n’étais rien sans eux et que je croyais en eux pour devenir le nouveau “Ski Club”. Etre président d’une asso, ce n’est pas un but en soi et je n’aurais sûrement pas voulu être prez de l’asso qui m’aurait accueilli si on avait perdu. J’aime être président des “Pand’Ice” car ce sont mes potes à l’em. J’ai bien préparé ce débat car j’avais la pression vis-à-vis d’eux, je voulais les mettre en lumière, montrer que c’était des clowns mais aussi des futurs associatifs exceptionnels.

 

Thomas: C’est un exercice difficile, mais le meilleur moyen de représenter la liste dans son intégralité est de ne pas écrire le discours seul mais avec d’autres amis de liste, qui adoubent ainsi le témoignage qui est donné par le prez et le nourrissent avec leur vision des choses lors de la préparation en amont. Je pense, pour ma part, que j’ai vraiment gagné à préparer ce défi avec des membres volontaires de la liste. Ca m’a permis d’être, je l’espère, plus inclusif dans mes propos.

 

Alice : Pour mon discours, je me suis préparée avec des membres de ma liste et ça m’a beaucoup aidé. Je voulais être la plus authentique possible ; c’est ce qui permet, je pense, de montrer à la fois pourquoi j’étais là et pourquoi tous les membres de ma liste seront d’excellents associatifs.

Robin : De toutes les campagnes, ce défi doit être celui que j’ai abordé avec le plus d’appréhension. On se retrouve tout seul, avec son micro, et on doit défendre tous les copains, montrer que la liste pour laquelle il faut voter, bah c’est nous.
C’est un exercice difficile, car il faut réussir à se vendre à la fois comme liste, mais aussi comme président, car personne ne voterait pour une liste présidée par quelqu’un en qui personne ne croit. Mon discours, je l’ai écrit avec l’aide de quelques copains de l’asso, posés dans les canapés du Shamrock, quelques heures avant le défi. Une fois bouclé, on a invité tous nos co-listeux présents sur le campus à venir au Sham’ pour que je leur montre ce qu’on avait prévu comme discours, et on a discuté ensemble de ce qui allait et de ce qui n’allait pas. Puis, on a fait un peu de musique en attendant l’heure du débat, c’était cool. Résultat, j’ai finalement abordé ce défi en confiance, sachant que les Sons adhéraient à mon propos et que je parlais bien au nom de tous.